Venance Konan: «Ouattara considérait Gon Coulibaly comme son fils, son fidèle compagnon»

Par : Carine Frenk

Dauphin désigné par le président Alassane Ouattara, il était l’un des favoris pour la présidentielle d’octobre en Côte d’Ivoire. Le Premier ministre ivoirien, Amadou Gon Coulibaly, est mort hier à l’âge de 61 ans. Venance Konan est journaliste, directeur de publication de Fraternité matin. Il revient sur le parcours politique de cet homme, sur les conséquences politiques de son décès.

Venance Konan, journaliste et écrivain ivoirien.
Venance Konan, journaliste et écrivain ivoirien. RFI/DK

RFI : Amadou Gon Coulibaly était d’abord le fidèle d’entre les fidèles, le compagnon politique du président Ouattara.

Venance Konan Oui, dans son communiqué, le président a même dit qu’il est son fils. Et quand on connaît les relations entre les deux hommes, je crois qu’il le considérait vraiment comme son fils. Et Amadou Gon, aussi, considérait monsieur Ouattara comme son père, quelque part. D’autant plus que sa rencontre avec monsieur Ouattara date de l’année même où son père -son vrai père- est décédé. Donc monsieur Ouattara est devenu quelque part un père de substitution pour lui. C’est vraiment son très, très fidèle compagnon, effectivement.

Le technocrate, le travailleur… Que faut-il retenir de lui ?

Je crois qu’il était tout cela. Il était le technocrate, mais après il a été pris par la politique. Il a suivi les traces de son père qui avait été député pendant trente ans et dans le sillage de monsieur Ouattara, à qui il a voué une admiration sans bornes. Il était son conseiller technique. Et puis, lorsque le RDR a été créé -le parti qui soutenait monsieur Ouattara-, il a été membre fondateur et il a toujours été vraiment le plus proche collaborateur politique de monsieur Ouattara. Il a mené tous les combats avec lui. Il a été élu à Korhogo, dans son fief au nord, il a été maire… Il a été emprisonné, aussi, sous monsieur Bédié, pour des manifestations organisées en 1999. Ils étaient en prison, justement, lorsqu’il y a eu le coup d’État des militaires contre monsieur Bédié.

C’est vrai que depuis deux mois et son départ en France pour des soins, les rumeurs avaient commencé à se propager. Allait-il revenir ? Pourrait-il faire campagne ?

Effectivement, son départ en France d’il y a deux mois, a créé beaucoup de craintes au sein du RHDP. Les gens savaient qu’il avait des problèmes de santé, mais on ne savait pas que c’était aussi grave. Et de savoir qu’au milieu de cette pandémie de Covid-19 il a été obligé d’aller en France se faire soigner, a montré la réalité de son mal. Au départ, on avait pensé que c’était une affaire de quelques jours, mais cela a duré deux mois. Ses troupes ont été soulagées lorsqu’on l’a vu revenir. On avait cru que le danger était passé. On a montré les images… Cela a été une grande joie. C’est vrai, on l’a vu descendre de l’avion avec des pas hésitants, mais on s’est dit que c’est normal. Après deux mois de maladie,  c’est normal et l’espoir a repris. Mais malheureusement, voilà… C’est tombé comme un coup de massue et là ils sont encore sous le choc.

À quelques mois de la présidentielle d’octobre, est-ce que l’on peut parler d’un véritable séisme pour le camp présidentiel ?

Tout à fait, on peut le dire. Mais est-ce qu’il y avait un plan B ? Peut-être… Peut-être que depuis sa maladie et les deux mois qu’il a passés à Paris les a fait réfléchir à un plan B, mais on ne sait pas quel est ce plan B. C’est vrai que cela a été un séisme. Cela rebat totalement les cartes au niveau du RHDP mais aussi au niveau du pays et au niveau des autres partis. On s’attendait à un affrontement entre monsieur Gon et monsieur Bédié. Maintenant, il faut trouver quelqu’un d’autre. Toutes les stratégies doivent être revues de part et d’autre.

Est-ce que le président Ouattara pourrait décider d’y aller ?

C’est la grande question. Il a déjà annoncé publiquement qu’il se retirait. Est-ce qu’il reviendrait sur sa décision ? Ce n’est pas impossible, parce qu’il avait dit à Katiola, lorsqu’il était en visite dans le nord du pays, que si monsieur Bédié se présentait, il n’était pas impossible qu’il revienne. Monsieur Bédié a annoncé qu’il serait candidat. Maintenant que monsieur Gon n’est plus là, monsieur Ouattara pourrait réviser sa position.

Qui sont les autres candidats potentiels ?

Il y a le vice-président monsieur Duncan, il y a monsieur Mabri Toikeusse qui avait voulu. Je crois qu’il y a beaucoup d’autres, mais les deux noms qui reviennent le plus souvent sont Hamed Bakayoko et monsieur Patrick Achi, mais on peut l’élargir. Dans tous les cas, parmi les éventuels candidats, il faut que ce soit quelqu’un qui ait la totale confiance de monsieur Ouattara, pour ne pas avoir le problème qu’a eu dos Santos en Angola. Il ne suffit pas d’être compétent, il ne suffit pas d’être populaire. Il faut aussi que monsieur Ouattara puisse compter totalement sur vous pour ne pas être « dos Santorisé », si je peux me permettre ce terme.

En tout cas, c’est un compte à rebours qui commence.

Tout à fait… Il faut qu’ils aillent vite maintenant, parce qu’il reste moins de quatre mois. Les militants du RHDP s’étaient habitués à monsieur Gon. Il va falloir trouver quelqu’un d’autre et qu’ils commencent à faire campagne. Le temps court.

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