URGENT Contestation en Irak: 60 morts dans les manifestations, dont au moins 18 à Bagdad (officiel)


Manifestation à Bagdad, le 4 octobre 2019.
REUTERS/Alaa al-Marjani

Par RFIPublié le 04-10-2019 Modifié le 04-10-2019 à 23:39

Les affrontements entre forces de sécurité et manifestants ont gagné en intensité ce vendredi 4 octobre à Bagdad, au quatrième jour d’un mouvement de contestation contre la corruption, le chômage et la déliquescence des services publics.

Les protestataires irakiens ont reçu ce vendredi un soutien de poids. Dans une déclaration faite dans une mosquée de Kerbala, le représentant de l’ayatollah Ali Sistani, la plus haute autorité chiite du pays, a demandé au gouvernement de répondre au plus vite aux demandes des manifestants.

« Le gouvernement doit changer sa façon de gérer les problèmes du pays », a déclaré Ahmed al-Safi, au nom de l’ayatollah. Il doit « améliorer les services publics, trouver des emplois aux chômeurs, éviter le clientélisme dans le service public et en finir avec les dossiers de corruption », a-t-il ajouté. « Si les manifestations faiblissent pour un temps, elles reprendront et seront plus fortes et plus massives », a-t-il averti.

« Pour éviter davantage d’effusion de sang irakien, le gouvernement doit démissionner et des élections anticipées doivent se tenir sous supervision de l’ONU », a estimé pour sa part le très influent leader chiite Moqtada Sadr, dont la formation politique fait partie de la coalition gouvernementale.

Tirs à balles réelles à Bagdad

Pour la quatrième journée consécutive, et malgré la coupure d’internet et l’établissement du couvre-feu – dont les autorités ont annoncé la levée à Bagdad samedi à l’aube –,les protestataires sont redescendus dans la rue ce vendredi en Irak. Dans la capitale, ils ont afflué sur la place Tahrir face à un énorme déploiement sécuritaire. De nombreux heurts ont éclaté entre manifestants et forces de l’ordre qui ont tiré à balles réelles.

Selon des sources officielles reprises par l’AFP, 60 personnes – dont au moins 18 à Bagdad – ont été tués et des centaines blessées depuis le début, mardi 1er octobre, d’un vaste mouvement né sur les réseaux sociaux pour protester contre la corruption, le chômage et la déliquescence des services publics.

► À lire aussi Un automne irakien ?

Ces manifestations dans la capitale irakienne et dans plusieurs régions chiites du Sud sont inédites dans un pays habitué aux mobilisations partisanes, tribales ou confessionnelles. Elles constituent le premier test pour le gouvernement d’Adel Abdel Mahdi, en place depuis à peine un an. Dans une allocution prononcée jeudi soir, le Premier ministre a réclamé du temps pour pouvoir améliorer les conditions de vie de 40 millions d’habitants.

Un système moribond

L’Irak s’est pourtant remis de ses difficultés économiques héritées de quatre décennies de conflits. La hausse du prix du pétrole a permis au PIB d’atteindre 247 milliards de dollars en 2019. Mais cette richesse ne profite pas à la population. Si les ressources pétrolières représentent près de 90 % du budget du pays, elles ne fournissent que 1 % des emplois à la population. Les compagnies pétrolières étrangères emploient principalement des étrangers. Résultat : le chômage touche près de 16 % de la population irakienne, essentiellement des jeunes.

En plus de cette absence d’emplois, les Irakiens sont confrontés à un système bancaire inefficace et sous-développé, des services publics quasi inexistants, une corruption généralisée, un manque d’eau potable et des coupures d’électricité à répétition. Sans compter des secteurs de la santé et de l’éducation défaillants.

Les députés ont annoncé que leur séance samedi serait consacrée à « l’étude des demandes des manifestants ». Les manifestants semblent néanmoins décidés à continuer leur mouvement qui touche, outre Bagdad, les provinces de Najaf, Missane, Zi Qar, Wassit, Diwaniya, Babylone et Bassora.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Résoudre : *
30 × 5 =