Trente ans après, la Guerre du Golfe fait encore débat entre l’Irak et le Koweït

Texte par : RFI

Dans une offensive éclair du 2 au 4 août, l’Irak envahissait son voisin, le Koweït, en 1990, avec une occupation qui a ensuite duré sept mois. Alors que les raisons pour l’agression de ce que le dictateur Saddam Hussein considérait la « 19ème province » de l’Irak font encore débat, les plaies de la première Guerre du Golfe qui l’a suivie restent toujours vives, 30 ans après.

Plusieurs raisons officieuses sont évoquées à l’époque pour justifier l’invasion du Koweït par l’Irak de Saddam Hussein. Parmi celles-ci, l’incapacité de l’Irak à rembourser les 80 milliards de dollars empruntés au Koweït ou le fait que Bagdad considérait également le Koweït comme faisant historiquement partie de son territoire.

Mais quoi qu’il en soit, cette agression irakienne va entrainer la première guerre du Golfe, notamment avec l’intervention d’une coalition de l’Organisation des nations unies (ONU) menée par Washington et « qui va être bien évidemment un désastre pour l’armée irakienne », comme le rappelle David Rigoulet Roze, chercheur associé à l’Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS).

Dans le prolongement de l’invasion du Koweït par Saddam Hussein, les États-Unis décident – avec l’aval de l’ONU à l’époque, il faut le préciser car ce ne sera pas le cas par la suite – de monter une coalition internationale, dont ils prennent la tête, pour justement restaurer la souveraineté koweïtienne en expulsant l’armée de Saddam Hussein. Ce qui va justifier une première séquence appelée “Desert Field” ou “Protection du désert”, qui est censée protéger les autres pays des alentours d’une éventuelle invasion par l’armée de Saddam Hussein. Une protection par l’armée américaine qui s’installe principalement en Arabie Saoudite et qui va durer jusqu’au début de l’année 1991. À partir de là, il y aura des bombardements massifs qui anticipent une opération au sol, et qui va être bien évidemment un désastre pour l’armée irakienne.

David Rigoulet Roze, chercheur associé à l’IRIS, revient sur les débuts de la première guerre du Golfe

Sami Boukhelifa

« Le début de la fin » pour l’Irak : embargo, invasion, guerre, crise, corruption, jihadisme…

Trente ans plus tard, les Irakiens sont unanimes : l’invasion le 2 août 1990 et l’occupation terminée le 2 mars de l’année suivante par une coalition emmenée par Washington « a signé le début de la fin » pour leur pays. De Bagdad à Bassora, de Kirkouk à Babylone, « On est maudits depuis l’invasion du Koweït, on n’a plus connu un seul jour de calme », dit à l’AFP Oum Sarah, institutrice retraitée à Bagdad.

Car depuis cette date, le pays a connu l’embargo, une invasion américaine, la guerre civile, des violences confessionnelles et des percées jihadistes, entre autres.

Crise financière et un boulevard à la corruption endémique

Tout a commencé quatre jours après l’entrée des troupes irakiennes au Koweït. L’ONU décrète un embargo dont les Irakiens ne sortiront qu’avec une autre invasion : celle des Américains, qui finissent par mettre une fin au régime de Saddam Hussein en 2003. Durant ce blocus, le dinar irakien, qui valait trois dollars, est divisé par… 9 000 !

Le salaire de Jassem Mohammed, instituteur à Kout, dans le sud, ne valait alors pas plus que… le prix d’« un poulet » au marché. Alors, certains jours, « on mangeait même le foin des animaux », renchérit Yasser Saffar, 44 ans. Surtout, poursuit Jassem Mohammed, « l’embargo a changé les mentalités » et offert un boulevard à la corruption, endémique aujourd’hui en Irak où les fonctionnaires font valoir leurs petits salaires pour solliciter des pots-de-vin.

Un Koweït prospère mais endeuillé

Mais les plaies ne se sont pas entièrement fermées dans le Koweït non plus. Car tandis que l’Irak s’enfonçait dans le marasme, avec des soldats de l’armée qui étaient obligés de faire des petits boulots pour joindre les deux bouts, le Koweït a prospéré économiquement.

De nombreuses familles pleurent encore leurs morts ou disparus, les anciens prisonniers parlent toujours de la torture subie. Mi-2019, des corps découverts dans des charniers du sud de l’Irak ont été ramenés au Koweït.

Certains Koweïtiens avouent « avoir encore du mal à être au clair sur les sentiments vis-à-vis des Irakiens », comme dit Chourouq Qabazard, la fille d’Ahmed Qabazard, l’une des figures de la « résistance » koweïtienne qui a été torturé puis exécuté. Pendant des années, sa famille a fait de sa maison en partie détruite par les Irakiens un petit musée des horreurs de l’occupation.

NewsletterRecevez toute l’actualité internationale directement dans votre boite mailJe m’abonne

Les relations se rétablissent malgré des contentieux

Après plus de 20 ans, les relations entre les deux pays se rétablissent, les opposants de l’ancien dictateur Saddam Hussein étant désormais au pouvoir à Bagdad. En 30 ans, Bagdad a payé 43,6 milliards d’euros de la facture présentée par l’ONU pour pallier aux pertes de l’émirat. Et l’Irak, qui traverse la pire crise économique de son histoire récente, doit encore 3,3 milliards d’euros.

En 2018, le Koweït également a accueilli une conférence pour reconstruire l’Irak et il a été le premier pays à verser au pot commun, un montant de deux milliards de dollars.

Mais des contentieux persistent : l’Irak ne reconnaît toujours pas la frontière maritime établie en 1993, qui lui bloque l’accès vital au Golfe, et les dépouilles de centaines de disparus restent dans les limbes.

(Avec AFP)

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Résoudre : *
23 + 9 =