Syrie: début de l’opération militaire turque contre la milice kurde YPG

Par RFIPublié le 09-10-2019 Modifié le 09-10-2019 à 17:40

La Turquie a tenu sa promesse malgré le flot de protestations internationales de ces deux derniers jours. L’armée turque a lancé ce mercredi 9 octobre son opération militaire dans le nord-est de la Syrie. C’est le président Erdogan en personne qui a annoncé le début de l’offensive.

« Les Forces armées turques et l’Armée nationale syrienne [des rebelles syriens soutenus par Ankara] ont débuté l’opération “Source de paix” dans le nord de la Syrie », a annoncé Recep Tayyip Erdogan dans une série de messages publiés sur Twitter en turc, en anglais et en arabe.

Cette opération vise, selon lui, « les terroristes des YPG et de Daech [acronyme arabe du groupe État islamique]» et a pour objectif de mettre en place une « zone de sécurité » dans le nord-est de la Syrie.

« La zone de sécurité que nous allons créer va permettre le retour des réfugiés syriens dans leur pays », a-t-il ajouté. Ils sont plus de trois millions et demi en Turquie. En plus des forces kurdes, le président turc cite parmi les objectifs de l’opération le groupe État islamique – ce qui est un message envoyé à Donald Trump.

Enfin, dans son message, le président turc assure aussi que l’opération « préservera l’intégrité territoriale de la Syrie ». Il s’agit, cette fois, d’un message au président russe Vladimir Poutine, grand parrain du régime syrien.

The Turkish Armed Forces, together with the Syrian National Army, just launched #OperationPeaceSpring against PKK/YPG and Daesh terrorists in northern Syria. Our mission is to prevent the creation of a terror corridor across our southern border, and to bring peace to the area.25,8 k14:16 – 9 oct. 2019Informations sur les Publicités Twitter et confidentialité9 648 personnes parlent à ce sujet

Forte explosion et « raids aériens »

Une forte explosion a été entendue dans la région de Ras al-Aïn, située dans le nord syrien à la frontière avec la Turquie, a rapporté un correspondant de l’AFP, peu après l’annonce du président turc.

Des avions de combat F16 ont commencé à pilonner la région de Ras al-Aïn, tandis que des obus bombardaient celle de Tal Abyad, 120 kilomètres plus à l’ouest, rapporte notre correspondante à Istanbul, Anne Andlauer. On a aussi vu l’armée turque retirer des blocs du mur de béton érigé ces dernières années à la frontière turco-syrienne. Prélude vraisemblable à l’entrée en Syrie, dans un deuxième temps, de chars et donc de soldats turcs.

Rapportant la fuite de dizaines de civils, le correspondant de l’AFP a pu voir des colonnes de fumée s’élever tout près de la frontière tandis que des avions survolaient le secteur. « Les avions de guerre turcs ont commencé à mener des frappes aériennes sur des zones civiles, il y a une forte panique parmi les gens », a indiqué de son côté un porte-parole des forces kurdes, Mustafa Bali.

Au moins deux civils ont été tués et deux autres blessés dans les bombardements sur le village de Micharrafa, à l’ouest de Ras al-Aïn, ont annoncé sur Twitter les Forces démocratiques syriennes (FDS).

Avertissement russe

Le président russe Vladimir Poutine s’est entretenu avec son homologue turc avant le lancement de l’offensive. « Poutine a appelé ses partenaires turcs à bien réfléchir à la situation afin d’éviter de porter atteinte aux efforts communs visant à résoudre la crise syrienne », affirme un communiqué, publié après l’entretien téléphonique entre les deux présidents.

Le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker exige l’arrêt de l’offensive et menace de couper ses financements. La France, elle, condamne « très fermement » l’offensive et saisit le Conseil de sécurité de l’ONU. De son côté, le gouvernement allemand estime que l’offensive turque risque de provoquer une résurgence du groupe État islamique.

Cette offensive, que la Turquie menaçait depuis plusieurs mois de lancer, est la troisième que mène Ankara en Syrie depuis 2016.

Le président américain Donald Trumpa semblé donner son feu vert dimanche à une telle opération avant de revenir sur ses propos et d’assurer que les États-Unis n’avaient « pas abandonné les Kurdes », qui ont joué un rôle crucial dans la défaite militaire de l’EI.

Si les Occidentaux louent le rôle des YPG dans la bataille contre l’EI, Ankara considère ces combattants kurdes comme un groupe « terroriste » et une menace à sa sécurité en raison de ses liens avec le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) qui livre une guérilla sur le sol turc.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Résoudre : *
19 + 7 =