Saly Diop : l’histoire incroyablement forte de l’élue de Meaux Partagez sur Facebook

De la cité à la mairie, il y avait un grand pas ! Adjointe au maire de Meaux depuis six ans, Saly Diop a échappé dans sa jeunesse à un mariage forcé et pris en main son destin.

Lorsqu’elle parcourt les rues de Meaux, sa ville de cœur, la conseillère municipale de la mairie gérée depuis 1995 par Jean-François Copé (LR), ancien ministre de Jacques Chirac, s’attriste de voir les écoles tourner au ralenti. En mai, en raison des mesures sanitaires dues à l’épidémie de Covid-19, les écoles meldoises n’ont pu accueillir qu’une partie des élèves.

“Toutes les sections sont ouvertes depuis le 18 mai et, pour accompagner les parents qui travaillent, nous avons mis en place un dispositif complémentaire le matin, le soir et le mercredi afin que les enfants soient pris en charge aux horaires habituels. Le confinement et l’instruction à domicile ont creusé encore un peu plus les écarts. Le suivi pédagogique pour beaucoup d’enfants est difficile à la maison, sans parler de ceux qui sont confinés sans échappatoire dans un environnement hostile”, s’inquiète Saly Diop, 42 ans. Et l’élue, vice-présidente de l’agglomération en charge de l’emploi, de l’insertion et de la formation professionnelle, sait de quoi elle parle.

A 15 ans, elle se voit imposer un mariage : “Mon seul exemple, c’était une maman qui se pliait aux traditions”

Elle a grandi au milieu des tours de seize étages sur lesquelles la ville, engagée dans une politique de rénovation urbaine, a décidé de tirer un trait définitif à coups de dynamite. Saly est arrivée du Sénégal à l’âge de 4 ans avec ses parents. “A mon arrivée, nous vivions à quatre dans un cinq-pièces, un vrai luxe à l’époque. Lorsque je suis partie, nous étions douze à la maison.” Entre-temps, elle a vu arriver frères et sœurs mais, surtout, son père a contracté un second mariage. ‘La bigamie était un schéma familial que je n’assumais pas.”

Saly sait ce qu’elle doit à l’école de la République. “C’est un lieu où j’ai pu m’épanouir. J’avais des bonnes notes et des profs encourageants. J’ai adoré l’école. Mes parents n’avaient pas eu l’opportunité de faire des études. Mon père me disait : “Si tu ne veux pas être comme nous, si tu veux réussir ta vie, il faut que tu travailles bien à l’école. ” J’avais foi dans l’école. Pour moi, c’est là qu’était la clé de mon indépendance.” En plus de l’instruction, elle a découvert un lieu où elle pouvait aussi échapper aux difficultés rencontrées à la maison.

A 15 ans, Saly est rattrapée par les coutumes familiales et se voit imposer un mariage. “L’école a été un refuge, un lieu de confidence. Mes copines de classe me disaient ouvertement : “Saly, ce n’est pas possible ! Tu ne dois pas te marier avec un homme que tu n’as pas choisi !” confie-t-elle aujourd’hui. Moi, mon seul exemple, c’était une maman ou des cousines qui se pliaient aux traditions de ma communauté. Mais ce que je vivais en dehors de chez moi, à l’école ou dans mes activités extrascolaires, me prouvait qu’une alternative était possible. J’avais des droits et je ne voulais pas y renoncer.”

“Il n’y a pas de fatalité, on peut vaincre le déterminisme social sans se renier”

Saly s’oppose à ce mariage forcé malgré la pression qui pèse sur ses jeunes épaules. “Je savais que mon refus allait être un fardeau pour toute ma famille, que j’aime fort malgré tout. On m’a pardonné beaucoup de mes choix.” Elle parvient à convaincre son père d’abandonner son projet mais, quelques mois plus tard, sa maman tombe malade. En tant qu’aînée, Saly doit prendre en charge ses petits frères et sœurs. “Ça a freiné mes études, mais j’avais gagné le goût de l’indépendance.

J’ai monté ma société, je suis devenue élue municipale en 2014, j’ai fondé Imani, une association de lutte pour l’émancipation des femmes, j’ai épousé un homme merveilleux qui ne partage ni ma culture ni ma religion. Dans mon livre, j’ai décidé de raconter mes blessures : mon excision à l’âge de 3 mois, le refus du mariage forcé, la bataille vers mon indépendance… Il n’y a pas de fatalité, on peut vaincre le déterminisme social sans se renier.”

Source : Closer

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