Russie: la mobilisation pro-Navalny peut-elle ébranler le pouvoir de Poutine ?

Des milliers de personnes à Moscou et dans toute la Russie se sont mobilisées en soutien à l’opposant Alexeï Navalny, le 23 janvier 2021. AP – Pavel Golovkin

Texte par :RFI

Les manifestations de soutien à Alexeï Navalny se sont traduites par plus de 3 000 arrestations dans toute la Russie. Un chiffre qui montre que l’opposant dispose d’une solide base de partisans. Cette mobilisation de plusieurs dizaines de milliers de personnes à travers le pays est-elle de nature à ébranler le pouvoir ?

Pour l’instant, le pouvoir de Vladimir Poutine n’est pas menacé, analyse Jean-Didier Revoin, notre correspondant à Moscou. Mais Alexeï Navalny a remporté un succès d’estime. Parvenir à mobiliser une vingtaine de milliers de personnes à Moscou, en plein hiver, alors que les autorités avaient annoncé qu’elles réprimeraient tout rassemblement est un succès indéniable.

Cependant, même si le nombre de ses partisans a atteint plusieurs dizaines de milliers dans toute la Russie, ce nombre n’est pas suffisant pour entraîner une modification immédiate de la politique du Kremlin à l’égard de l’opposition hors système, soit les partis non représentés à la Douma.

Que cherche Alexeï Navalny ? Incarcéré depuis son retour au pays, il risque plus de 13 ans de prison dans des affaires où il se dit innocent des faits qui lui sont reprochés. En mobilisant ses partisans, il veut mettre en garde les autorités. Son but est de leur faire penser qu’en le condamnant lourdement, elles s’exposeraient à un important mouvement de protestation national.

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Modèle biélorusse

Avant la fin des rassemblements ce samedi, les partisans de Navalny ont appelé à de nouvelles manifestations le week-end prochain. Quel est l’avenir de ce mouvement ? « J’ai le sentiment que ce n’est pas fini, confie Alexander Artemyev d’Amnesty International qui avait déployé des observateurs à Moscou, au micro d’Anastasia Becchio, du service International de RFI. Mais j’ai le sentiment que ça va ressembler à la situation de la Biélorussie, où nous voyons que les manifestations se déroulent tout le week-end, pendant des mois et des mois. Mais bien sûr, ça dépend beaucoup de la réaction de l’État, parce que nous ne pouvons pas dire que l’option des représailles contre les opposants est exclue. »

Alexeï Navalny sera jugé début février. La sévérité de la peine qui lui sera infligée donnera une idée des forces en présence. Car depuis son apparition sur la scène politique, il n’a jamais été condamné à de la prison ferme. 

« Navalny pourrait être condamné à dix ans de prison, souligne Alexander Artemyev, parce qu’il y a une enquête contre lui qui a été ouverte pendant qu’il était en Allemagne. Nous pouvons parler de représailles contre YouTube ou tous les réseaux sociaux. Nous pouvons parler de représailles contre les activistes et les acteurs de la société civile. »

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