Pétrole, guerre en Ukraine… Entre Riyad et Washington, rien ne va plus

La décision du cartel pétrolier de l’Opep+ de réduire sa production a déclenché l’ire des Américains. Une réduction qui fait le jeu de Vladimir Poutine. Source AFP

En juillet 2022, le president americain s'etait rendu en Arabie saoudite pour demander au prince heritier MBS de relever ses quotas de productions de petrole.
En juillet 2022, le président américain s’était rendu en Arabie saoudite pour demander au prince héritier MBS de relever ses quotas de productions de pétrole.© -, – / AFP

Publié le 12/10/2022 à 01h47 – Modifié le 12/10/2022 à 06h20

Il voulait d’abord faire de l’Arabie saoudite un « paria », puis a tenté un rapprochement en juillet… Joe Biden, échaudé par les décisions de Riyad sur le pétrole, a nettement haussé le ton mardi 11 octobre contre le royaume. « Il y aura des conséquences pour ce qu’ils ont fait, avec la Russie », a menacé mardi le président américain lors d’une interview avec la chaîne CNN, sans préciser de quelle nature elles seraient.

L’Opep+ – les treize membres de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep) menés par l’Arabie saoudite et leurs dix partenaires conduits par la Russie – a décidé la semaine dernière de sabrer ses quotas de production, au risque de faire flamber le prix du baril. C’est un camouflet diplomatique pour Joe Biden, qui réclame au contraire une offre abondante, et potentiellement une aubaine pour le président russe Vladimir Poutine qui a besoin de cours du pétrole soutenus pour financer la guerre en Ukraine.

Un déplacement officiel pour rien ?

Le président américain s’était déplacé en Arabie saoudite en juillet pour rencontrer le prince héritier Mohammed ben Salmane, après avoir pourtant juré pendant sa campagne, de faire du royaume un « paria » à la suite du meurtre du journaliste saoudien Jamal Khashoggi.

Le ministre saoudien des Affaires étrangères Faiçal ben Farhane a expliqué mardi sur la chaîne Al-Arabiya que la baisse de production représentait une démarche « purement économique prise à l’unanimité des pays membres » de l’organisation, visant à « maintenir un marché du pétrole durable ». « Les membres de l’Opep+ ont agi de manière responsable et ont pris la décision appropriée », a-t-il affirmé. La décision du cartel pétrolier a suscité une vague d’indignation parmi les membres du Congrès américain et en particulier parmi les parlementaires du Parti démocrate, celui de Joe Biden.

Le puissant chef de la commission des Affaires étrangères du Sénat Bob Menendez a menacé lundi de bloquer toute future vente d’armes à l’Arabie saoudite. Le sénateur démocrate Richard Blumenthal et l’élu à la Chambre des représentants Ro Khanna l’ont pris au mot en présentant mardi un projet de législation pour mettre fin à ces exportations.

Le sénateur Chris Murphy avait asséné dimanche sur CNN : « Pendant des années, nous avons détourné le regard quand l’Arabie saoudite a massacré des journalistes, exercé une répression politique massive, pour une seule raison : nous voulions nous assurer que le moment venu, en cas de crise internationale, l’Arabie saoudite nous choisirait plutôt que la Russie. […] Ils ne l’ont pas fait. Ils ont choisi la Russie. »

Washington-Riyad, un partenariat de longue date

Le partenariat entre les États-Unis et l’Arabie saoudite avait été scellé après la fin de la Seconde Guerre mondiale, assurant au royaume une protection militaire contre un accès au pétrole pour les Américains. Cette relation émaillée de crises avait été relancée par l’ancien président républicain Donald Trump, avec de pharaoniques ventes d’armes à la clé. Selon le Stockholm International Peace Research Institute, entre 2016 et 2020, l’Arabie saoudite a pesé 24 % du total des exportations d’armement américaines.

La relation est « stratégique » et a fait « progresser la sécurité et la stabilité au Moyen-Orient », a relevé mardi l’ambassade saoudienne à Washington, dans un communiqué. La coopération militaire bilatérale « sert les intérêts des deux pays », a-t-elle ajouté. L’Arabie saoudite dirige depuis 2015 une coalition militaire au Yémen pour lutter contre les rebelles houthis, soutenus par son ennemi régional, l’Iran. Elle a été visée par des tirs de missiles houthis.

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Joe Biden, conscient de la fureur des activistes des droits humains, avait tenté lors de sa visite en juillet à Djeddah un délicat exercice d’équilibriste. Il avait justifié ce voyage par le souci de la sécurité énergétique, mais aussi de la sécurité régionale, en mettant en avant un timide rapprochement de l’Arabie saoudite et d’Israël, ou en insistant sur la nécessité de contrer l’Iran. Mais l’image d’un salut familier poing contre poing échangé avec Mohammed ben Salmane n’en a pas fini de se retourner contre Joe Biden. Depuis la décision de l’Opep+, la presse américaine regorge d’éditoriaux assassins sur l’échec de sa « diplomatie du “fist bump” ».

Source : Le Point fr

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