Mali: le procès du jihadiste présumé Al-Hassan s’ouvre à la CPI

Texte par : RFI

La Cour pénale internationale ouvre ce mardi matin le procès d’Al-Hassan Ag Abdoul Aziz Ag Mohamed Ag Mahmoud. Ce jihadiste présumé est poursuivi pour crimes contre l’humanité et crimes de guerre commis lors de l’occupation de Tombouctou, par Ansar Dine et Aqmi, en 2012. Il était l’un des commissaires de la police des mœurs.

Treize chefs d’accusation pour torture, mariages forcés, esclavages sexuels, viols, persécutions, atteinte à la dignité de la personne et attaque contre des monuments religieux…. La liste des crimes répertoriés dans l’acte d’accusation est terrifiante. Mais c’est un simple exécutant qui sera au banc des accusés à partir de ce mardi, indique notre correspondante à La HayeStéphanie Maupas.

A l’origine simple pharmacien vétérinaire membre d’un mouvement prônant la cause du peuple touareg, Al-Hassan, agent de la police islamiste lors de l’occupation de Tombouctou en 2012, partageait le dessein des chefs d’Ansar Dine et d’Aqmi, avance le bureau du procureur. Il voulait soumettre « la population civile à un nouvel appareil de pouvoir fondé sur l’idéologie religieuse ». C’est ce que va tenter de prouver l’accusation au cours du procès qui s’ouvre ce mardi.

Police islamiste

Plus précisément selon la procureure de la CPI Fatou Bensouda, Al-Hassan menait lui-même les patrouilles chargées de surveiller la population et de faire respecter les règles de la charia. Il aurait aussi participé à l’application des décisions du tribunal islamique, infligeant des coups de fouets et d’autres châtiments violents aux personnes condamnées.

La procureure l’accuse également d’avoir pris part au système de mariages forcés entre des combattants jihadistes et des femmes de Tombouctou, une politique qui a menée à de nombreux viols répétés. Des accusations réfutées par la défense lors de l’audience préliminaire en juillet 2019 : selon son avocate, Al-Hassan n’est « ni radical, ni misogyne, ni jihadiste ».

L’avocate d’Al-Hassan demande de clore le dossier

Les premiers témoins devraient commencer à déposer à partir de fin août. La pandémie de Covid-19 complique néanmoins la planification du procès. Le procureur prévoit déjà d’auditionner un certain nombre de témoins par vidéo conférence. Quant à la défense, elle n’a pas pu se rendre au Mali pour le travail de contre-enquête.

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Mais l’avocate d’Al-Hassan réclame surtout la clôture du dossier. Me Taylor affirme que ce touareg aurait été torturé par la DST du Mali, peu après son arrestation en 2017. A l’époque, les enquêteurs du procureur avait rencontré l’ancien commissaire de la police islamique et procédé à son interrogatoire, avant de demander un mandat d’arrêt contre lui. Le second délivré par la Cour dans l’enquête Mali, ouverte en 2013.

La santé mentale de l’accusé mise en doute

Juste après la lecture des charges à huis clos, la défense a demandé aux juges un examen médical pour s’assurer de l’état de santé de l’accusé, rapporte notre journaliste Lucie Mouillaud. L’une des avocates de Mohamed Al-Hassan met en doute la capacité de son client à comprendre les charges qui pèsent contre lui et donc à préparer sa défense. Car un rapport d’un expert médical indique que l’accusé souffre de troubles de dissociation et de stress post-traumatique.

Mais cette requête est bien trop tardive, selon le substitut du procureur : la demande de la défense lui a été envoyé ce matin, trois minutes seulement avant l’ouverture du procès. Et après une interruption de séance, les juges ont refusé d’ajourner l’audience. Les deux parties auront cependant l’occasion de proposer avant le 24 juillet des noms d’experts pour effectuer un examen médical de l’accusé.

Le président de la chambre a ensuite demandé à Mohamed Al-Hassan s’il comprenait les 13 chefs d’accusations contre lui, et s’il souhaitait plaider coupable ou non coupable pour chacun d’entre eux. L’accusé, masque sur le visage, a préféré garder le silence et ne s’est donc pas prononcé sur sa culpabilité.

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