Mali: Lassa, le mythique village rasta bamakois, tombe en désuétude

À Lassa, en noir, Ras Ballasky, pionnier du Mouvement des rastas du Mali, avec son ami Ras Tablo.
À Lassa, en noir, Ras Ballasky, pionnier du Mouvement des rastas du Mali, avec son ami Ras Tablo. © Sidy Yansané / RFI

Par :Sidy Yansané

Au Mali, le village de Lassa est mondialement réputé pour sa communauté rasta installée depuis plus de vingt ans. Au fil des années, le village a accueilli de nombreux visiteurs, des stars africaines du reggae y ont fait leur initiation à la culture rastafari. Mais les dissensions internes au mouvement rasta malien et les crises politiques successives dans le pays commencent à avoir raison de ce lieu. 

De notre envoyé spécial à Bamako,

À Bamako trônent le palais présidentiel au sommet de la colline du pouvoir, les universités sur celle du savoir. Et c’est sur la colline de l’Espoir, avec sa vue imprenable sur la capitale, que s’élève le village de Lassa. C’est ici, au milieu des arbres, que déménage dans les années 1990 Ras Ballasky, pionnier du Mouvement des rastas du Mali. Il nous fait un tour du propriétaire pendant que des enfants profitent du toboggan et de la balançoire.

Le Mouvement voit le jour en 1991, au renversement du dictateur Moussa Traoré. Les rastas maliens décident d’y créer une communauté : « Je suis venu dans cette brousse et tout de suite je me suis dit “ah, quel paradis sur Terre !”. Ça s’est développé. Beaucoup de nos frères étaient là, de nos compatriotes au pays qui venaient, des frères de la France, des métisses… Le Mouvement a eu une grande force », assure Ras Ballasky.

La petite Jamaïque africaine

À tel point que même Cedella Marley Booker, la mère du légendaire Bob Marley, viendra y faire un tour en 1996 : « Aikoula même était dépassé. C’était un ministre de Bob Marley qui était là avec la maman de Bob Marley, qui ont tout vu, jusqu’à ce qu’elle dise “ce que vous avez fait, c’est plus que ce que Bob Marley a fait.” Le groupement était vraiment merveilleux. C’était les moments les plus extraordinaires… », dit Ras Ballasky, nostalgique.

La petite Jamaïque africaine gagne une renommée internationale. Viennent se former à la culture rastafari des artistes célèbres comme l’Ivoirien Tiken Jah Fakoly et le Guinéen Takana Zion. 

Au nom du Jah

Mais les divisions internes et la crise malienne à partir de 2012 contribuent à la chute du sanctuaire, peu à peu laissé à l’abandon. Pour la première fois, l’anniversaire de la mort de Bob Marley n’a pas été célébré le 11 mai dernier.

Ras Ballasky en est l’un des derniers survivants, un sentiment d’abandon et d’amertume dans la voix. « Lassa était censé être un sanctuaire rastafari. Tant que tu ne viens pas à Lassa, tout ce que tu vas faire en ville, c’est un peu du populisme », dit-il, ne cachant pas sa position radicale. « La vie à Lassa est difficile, avoir de l’eau et de l’électricité est toujours un problème. C’est l’Afrique comme était l’Afrique d’avant. Donc, nous on a voulu mettre la lumière sur ça. C’est la raison pour laquelle nous sommes toujours sur cette colline. Nous sommes là au nom du Jah rastafari. »

Source : RFI

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