Mali: l’armée sécurise Farabougou, la situation reste tendue dans la zone

Par : David Baché

Au Mali, les 3 000 habitants de Farabougou ne sont plus seuls dans leur village coupé du monde. Les soldats de l’armée malienne ont pu poser le pied, jeudi, dans cette localité du centre du pays, alors que des combattants jihadistes en interdisaient l’accès depuis 17 jours. Ce vendredi matin, l’armée malienne a livré quelques détails sur son intervention.

L’opération a été baptisée « Farabougou ka lafia », « Farabougou doit retrouver sa quiétude », en bambara. Elle a été dirigée personnellement par le colonel Assimi Goita, leader de la junte militaire qui a mené le coup d’État du 18 août, aujourd’hui vice-président de la transition.

Avant le coup d’État, Assimi Goita avait dirigé les Forces spéciales maliennes dans le centre du pays. Il était donc, jeudi, dans le camp militaire de Bapho, près de Ségou, pour commander cette opération qui a permis, selon l’armée malienne, de « libérer » le village « des mains des terroristes. »

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Des éléments des Forces spéciales maliennes sont arrivés dans le village jeudi, déposés par hélicoptère « près d’une section » en plusieurs rotations, précisent les Famas, qui ont aussi livré des vivres et évacué des malades. Sur les photos communiquées par l’armée, on voit des soldats débarquer un habitant de Farabougou, visiblement affaibli, sur le point d’être pris en charge par un infirmier militaire.

Surtout, l’armée malienne promet « d’autres mouvements et actions », et notamment « une campagne aérienne » destinée à « détruire d’autres bases des groupes terroristes ».

La zone encore sous tension

Farabougou est désormais sécurisé. Un habitant explique que les soldats maliens ont pris position tout autour du village et montent la garde. Ce vendredi, le vice-président de la transition, le colonel Assimi Goita, s’est même personnellement rendu sur les lieux, à Farabougou, « pour constater, selon l’armée malienne, la présence effective » des forces spéciales « ainsi que l’assistance apportée aux populations », et « rencontrer les autorités locales ».

Une image évidemment très forte que celle du leader de la junte du CNSP dans le village de Farabougou, alors que l’implication dans cette crise des nouvelles autorités issues du coup d’Etat du 18 août dernier était mise en cause ces derniers jours. « Mais nous ne pouvons toujours pas sortir », déplore cet habitant de Farabougou, qui ajoute que la nourriture reste insuffisante, et qu’il lui est toujours impossible de se rendre dans son champ ou dans les localités voisines. Car les jihadistes demeurent présents dans la zone.

Ce vendredi matin, un élu local signalait que le village de Kourouma-Kobé, à seulement neuf kilomètres de Farabougou, était « sous le feu des tirs jihadistes. ». Une attaque confirmée par l’armée. Un seul blessé est à déplorer, selon un élu local, qui précise que les chasseurs traditionnels dozos ont pu repousser les assaillants avant qu’une surveillance aérienne de l’armée malienne se mette en place.

« Hier Farabougou, ce matin Kourouma-Kobé, et demain, quel village ? », interroge un médiateur local, à pied d’œuvre depuis une dizaine de jours pour tenter de trouver une issue pacifique à la situation. Ce soir, il ne cache pas son désarroi : « La zone est vaste, l’armée ne pourra pas sécuriser en permanence tous les villages. C’est pour cela que nous sommes obligés de négocier. » Comme c’est régulièrement le cas depuis des années, dans une zone où la présence des groupes terroristes n’est pas nouvelle, et où leur action se superpose à des tensions intercommunautaires.

Un processus de médiation très compromis

La situation sur le terrain est donc loin d’être apaisée surtout que le processus de médiation, qui était sur le point d’aboutir, est à présent très compromis.

Jeudi, les mouvements de l’armée malienne ont provoqué l’annulation d’une rencontre, prévue entre des représentants de Farabougou et les jihadistes. Car le siège de Farabougou par ces combattants n’est pas motivé uniquement par des enjeux idéologiques, il se superpose à un conflit intercommunautaire entre Bambaras et chasseurs dozos d’un côté, et communautés pastorales peules de l’autre. Avec des accusations mutuelles d’assassinats et de vols de bétail.

C’est à tout cela que la médiation essaie de trouver des réponses depuis des jours. Et la rencontre devait acter, selon les médiateurs locaux, la levée du blocus. Elle a été reportée à ce vendredi, mais compte tenu de l’évolution sur le terrain, on voit mal comment le dialogue pourrait se poursuivre.

Les médiateurs se désolent et craignent à présent un cycle de violences et de représailles, dont les civils pourraient faire les frais. Cité par l’armée, le vice-président Assimi Goita assure que les militaires agiront « avec professionnalisme pour minimiser les dégâts collatéraux. »

Source : RFI

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