Mali: existe-t-il des négociations avec les jihadistes ?

Un camp de jihadistes repentis à Mopti dans le centre du Mali.
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Par RFI Publié le 03-12-2019 Modifié le 03-12-2019 à 15:42

Le débat autour de l’ouverture de négociations avec les terroristes refait surface à Bamako depuis que plusieurs initiatives de dialogue avec les groupes radicaux ont été engagées dans le centre du Mali.

Le 22 novembre, le célèbre avocat Hassan Barry est entendu par la direction générale de la sécurité d’État. Les services secrets maliens le soupçonnent de complicité avec les terroristes. Il restera trois jours dans les locaux de la DGSE jusqu’à ce que sa profession réclame sa libération immédiate.

Au moment de son incarcération, une vidéo diffusée par la chaîne d’information saoudienne Al-Arabya enflamme les réseaux sociaux. On y aperçoit l’avocat aux côtés du colonel de l’armée malienne, Mamadou Lamine Konaré, en tête à tête avec Amadou Koufa. Le leader radical peul du centre du Mali, qui s’est associé en 2017 au GSIM, le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans, qui a lui-même prêté allégeance à al-Qaïda.

Les « discussions étaient parfaitement encadrées et connues des plus hautes autorités de l’État », assume Me Hassan Barry dans un communiqué publié mardi 26 novembre, le lendemain de sa sortie de détention. Pourtant, la position officielle de Bamako est claire : aucune négociation avec les jihadistes.

D’autres initiatives existent pour ramener la paix dans le Centre

Hassan Barry n’est pas le seul à s’être entretenu avec Amadou Koufa. Quelques représentants de Faso Dambé Ton, une association de défense des valeurs traditionnelles, affirment avoir rencontré le chef de la katiba Macina. « Pendant cinq ans, nous avons travaillé seuls. L’État ne voulait pas entendre parler de discussions dans le centre du Mali », déclare Adama Coulibaly, président de Faso Dambé Ton. Mais, en 2017, le président de l’association entame les démarches de médiation en rencontrant un premier groupe armé : celui des chasseurs traditionnels regroupés en milice d’autodéfense communautaire dans la région de Ségou, de Ké-Macina et de Djenné.

« À l’issue de ce meeting, ces combattants nous ont demandé d’aller discuter avec les autres groupes armés actifs dans la région : les jihadistes », poursuit-il. Les recherches pour remonter jusqu’à leur chef commencent, mais n’aboutissent pas. « C’est seulement après une grande réunion au ministère de la Réconciliation que les choses se sont débloquées ». En passant par l’intermédiaire de notabilités peules, des canaux de communication sont ouverts et « Faso Dambé Ton rencontre alors Amadou Koufa à l’été 2019 », affirme Adama Coulibaly. L’objectif ? Négocier une trêve dans le pays dogon.

Car dans la région de Mopti, dans les cercles de Bandiagara, de Koro et de Bankass principalement, les groupes armés de la zone, les chasseurs traditionnels de Dan Nan Ambassagou ou les groupes qui se réclament du jihad, se placent en protecteurs de leur communauté respective, dogon ou peule, pour contrôler le territoire. Si aucun décompte officiel n’existe, les victimes civiles se comptent par centaines depuis le début de l’année. Rien qu’en mars, l’attaque du village d’Ogossagou avait fait plus de 150 morts, selon les Nations unies.

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Pour ramener la paix dans le Centre, quelques tentatives de médiations menées par la Minusma (la Mission de maintien de la paix des Nations unies) ou par d’autres organisations non gouvernementales existent. Des accords de paix ont même été signés entre les représentants des communautés dogon et peule en août 2019 sous l’égide du Premier ministre Boubou Cissé. Mais aujourd’hui, selon plusieurs analystes sécuritaires, les groupes jihadistes ont élargi leur influence dans le centre du Mali, spécialement sur le tronçon stratégique qui relie la capitale de la région, Mopti, au pays voisin, le Burkina Faso.

La négociation avec les jihadistes est-elle l’une des solutions à la crise ?

« Les chances de vaincre la katiba Macina par les armes étant minces, lit-on dans un rapport publié en mai 2019 par l’International Crisis Group, les autorités maliennes devraient donner aux chefs religieux les moyens d’initier des pourparlers avec ses dirigeants tout en encourageant un dialogue plus large entre les communautés du centre du Mali, y compris celles qui sont favorables à l’insurrection. »

Sauf que la négociation comme solution à la crise du Centre n’est pas une idée partagée par toute la classe politique malienne. « Les tentatives pour approcher Koufa ne donneront certainement pas grand-chose », soutient Moussa Sinko Coulibaly. Même si l’ancien général, aujourd’hui opposant politique, n’est pas fermement opposé à la discussion avec les radicaux, « il faut d’abord se demander quelle est notre part de responsabilité ? Car ceux qui s’accommodent de la présence des jihadistes n’ont pas le choix. Il faut une équipe solide à Bamako. L’ingrédient fondamental, avant d’entamer quoi que ce soit, c’est d’instaurer la bonne gouvernance », poursuit le candidat malheureux à la présidentielle de 2018.

Aujourd’hui, certains pays occidentaux, en particulier la France, s’opposent à d’éventuelles négociations. L’idée serait même « catastrophique », selon le général Lecointre, chef d’état-major français, invité sur France Inter après la mort des treize soldats français au Mali.

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