L’entreprise chinoise Tencent a-t-elle «révélé» par accident les «vrais» chiffres du coronavirus ?

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Des captures d’écran invérifiables circulent depuis le 1er février concernant un compteur de victimes du virus en Chine.

Question posée sur Twitter le 06/02/2020

Bonjour,

Votre question fait référence à plusieurs captures d’écran d’un compteur publié sur Tencent News, site d’actualité du géant numérique chinois Tencent. Celui-ci donne les dernières statistiques officielles concernant les cas de contamination avérée au nouveau coronavirus (2019-nCov), les cas suspectés, les guérisons ainsi que les morts. Le tout quasiment en temps réel, depuis fin janvier.

Selon les internautes qui les partagent massivement, ces captures d’écran montreraient une anomalie dans la publication des chiffres : à au moins deux reprises, le site de Tencent aurait brièvement affiché un nombre de morts quasiment multiplié par 100 (près de 25 000 morts contre 300 selon les chiffres officiels), notamment le 1er février. Une rumeur reprise au conditionnel par certains médias.

Vic Survivaliste@vicsurvivaliste

Les vrais chiffres du #Coronavirus?#Tencent aurait publié les “vrais chiffres” de l’épidémie pour ensuite les effacer et publier les chiffres officiels. Ça donnerait 16% de mortalité… @ICIQC01
Source: https://www.zerohedge.com/health/did-chinas-tencent-accidentally-leak-true-terrifying-coronavirus-statistics?utm_source=feedburner&utm_medium=feed&utm_campaign=Feed%3A+zerohedge%2Ffeed+%28zero+hedge+-+on+a+long+enough+timeline%2C+the+survival+rate+for+everyone+drops+to+zero%29 …

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1717:08 – 5 févr. 2020Informations sur les Publicités Twitter et confidentialité19 personnes parlent à ce sujet

Plusieurs internautes soupçonnent immédiatement une fuite de données volontaire, organisée par de potentiels lanceurs d’alerte et permettant de faire sortir les «vrais chiffres» de l’épidémie, plus élevés que ceux donnés par le gouvernement chinois. D’autres laissent plutôt entendre que Tencent aurait révélé les statistiques authentiques «par accident»

«Toutes les données proviennent de la Commission nationale de la santé»

Rien ne permet pourtant de prêter un quelconque crédit à l’une ou l’autre de ces théories. Tout d’abord, CheckNews n’est pas en mesure de vérifier si le site de Tencent a vraiment affiché des chiffres différents le soir du 1er février. Une seule et même capture d’écran a été reprise dans la quasi-totalité des tweets et médias qui mentionnent «l’affaire».

Contactée par CheckNews, Tencent déplore que «des personnes fassent circuler des images trafiquées de l’outil de suivi de l’épidémie sur les réseaux sociaux, avec des informations qui n’ont jamais été publiées» «Tencent utilise la technologie pour faire le bien et est déçu par ce type de comportement peu scrupuleux. Tencent ne cautionne pas la dissémination d’information inexacte et de fake news, particulièrement pendant cette période sensible. Nous nous réservons la possibilité d’engager tout recours légal dans cette affaire et appelons ceux qui utilisent nos services à mauvais escient de cesser immédiatement la fabrique et la diffusion de fausses informations.» 

Sans qu’on puisse formellement confirmer que la capture est fausse, il est de fait très facile de manipuler le code source d’une page web pour changer les chiffres qui s’y affichent. En quelques secondes, nous avons ainsi réalisé cette «fausse» capture, en indiquant «1500» pour toutes les variables. Il est impossible, techniquement, de distinguer cette fausse capture d’une vraie.

Il est surtout hautement improbable qu’un simple compteur automatique, mis en ligne par un géant du web, affiche soudainement des chiffres prétendument tenus secrets par le gouvernement central chinois. D’autant plus que Tencent News est transparent sur la méthode utilisée pour les compiler : «Toutes les données proviennent de la Commission nationale de la santé, des commissions santé municipales et provinciales, des gouvernements locaux et des canaux officiels de Hongkong, Macao et Taiwan.» Soit les mêmes sources de données, librement accessibles, que celles utilisées par la carte mondiale construite et diffusée par une équipe de l’université Johns-Hopkins à Baltimore (et dont CheckNews vous parlait ici). Si les chiffres affichés ont différé de ceux officiels (ce qui n’est pas établi), il est donc vraisemblable qu’il s’agisse d’un bug d’affichage.

«Un niveau de coopération totalement différent»

Cette polémique a lieu dans un contexte de défiance vis-à-vis des autorités chinoises, accusées de minimiser la gravité de la situation. En cause, le comportement de Beijing en 2003, lors de l’épidémie du Sras, également causé par un coronavirus. Les autorités du pays avaient alors activement tenté de maquiller la réalité, en cachant des «patients dans des hôtels, dans d’obscures ailes d’hôpital, ou en les faisant tourner en rond dans des ambulances, pour éviter qu’ils ne soient repérés par les experts de l’Organisation mondiale de la santé (OMS)», rappelle par exemple AP.

A l’inverse, l’OMS a cette fois salué la réponse et la transparence du pays dans son traitement de l’épidémie. Même les Etats-Unis ont salué un «niveau de coopération totalement différent de ce qu’on avait connu en 2003» par la voix de leur secrétaire à la Santé.

Ce qui ne veut pas dire que le décompte officiel des victimes du 2019-nCov est irréprochable, loin de là. Comme le relevait le Washington Post, de nombreuses personnes atteintes de symptômes très proches de ceux causés par le nouveau coronavirus n’ont jamais été testées et n’ont donc pas pu rejoindre les statistiques officielles. Le doyen de la faculté de médecine de l’université de Hongkong estimait même qu’il pouvait y avoir jusqu’à 75 800 cas de personnes infectées au 31 janvier à Wuhan, alors que les autorités locales communiquaient sur 11 797 cas au même moment.

Les autorités locales sont particulièrement pointées du doigt pour avoir volontairement minimisé la gravité de la situation et ignoré les alertes lors des premières semaines, participant à la propagation du virus. Le 28 janvier, la Cour populaire suprême chinoise a ainsi vivement critiqué l’incarcération par les autorités locales de Wuhan de huit personnes accusées d’avoir «propagé des rumeurs». La Cour, qui a ordonné leur libération, a révélé qu’il s’agissait en fait de médecins qui tentaient d’échanger et d’alerter sur la maladie dès fin décembre. Comme l’a annoncé l’hôpital central de Wuhan jeudi, l’un d’eux, l’ophtalmologue Li Wenliang, est mort à cause du coronavirus.

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