Le fantôme de papy Voise

A la veille de l’élection présidentielle de 2002, un simple fait-divers avait fait dérailler la campagne du PS. Aujourd’hui, à deux ans de l’échéance, la droite tente de recentrer les débats sur l’insécurité.

Vous souvenez-vous de « papy Voise » ? Je vous rafraîchis la mémoire. Le 18 avril 2002, Paul Voise, modeste retraité, est roué de coups chez lui, à Orléans, par deux hommes qui incendient sa maison. Il apparaît le lendemain au 20-heures de TF1, le visage tuméfié. A deux jours du premier tour de l’élection présidentielle, l’affaire émeut la France entière, et la droite redouble ses attaques contre le prétendu laxisme du Premier ministre, Lionel Jospin, qui brigue l’Elysée. Le train socialiste déraille : malgré de bons résultats dans la lutte contre le chômage, le candidat du PS échoue à se qualifier au second tour.

Retour aux sujets dits régaliens

A la recherche d’un remonte-pente, tous les ténors de la droite gardent en tête cet épisode. Pour vaincre en 2022, pensent-ils, il faudra « papyvoiser » le débat. Rivaliser sur les autres sujets est pour eux beaucoup plus compliqué : comme sous Jospin, le chômage baisse ; surtout, en matière économique et sociale, Emmanuel Macron laboure peu ou prou les mêmes terres qu’eux, sous le regard bienveillant du Medef : flexibilisation du marché du travail, allégement de la fiscalité des « premiers de cordée », compression du nombre de fonctionnaires…

Pour le déloger, restent donc les sujets dits régaliens. Xavier Bertrand, ex-LR, président des Hauts-de-France et probable candidat à l’élection de 2022, l’a bien compris. Suivez mon panache blanc, semblait-il dire dans l’interview musclée qu’il a donnée au « JDD ». Tentant de faire oublier la bonhomie de sa « tête d’électeur » (comme Herriot qualifiait celle d’Antoine Pinay), il n’a pas ménagé ses coups contre le « laxisme » prêté à Emmanuel Macron, suggérant même de faire sauter au plus vite ses ministres Castaner (Intérieur) et Belloubet (Justice). Et il n’est pas le seul à enfourcher ce cheval. De nouveau, toute la droite se lance dans une rhétorique sécuritaire qui ne lui a pourtant pas toujours réussi, l’axiome lepéniste selon lequel « on préfère toujours l’original à la copie » ayant rarement été démenti.

Les quartiers populaires en première ligne

La délinquance n’est pas le premier sujet de préoccupation des Français, loin de là. Elle arrive après l’environnement, le pouvoir d’achat, l’avenir du système social, le niveau de l’immigration, les inégalités sociales. Et l’écrasante majorité des citoyens déclarent se sentir parfaitement en sécurité dans leur vie quotidienne. Pour autant, la délinquance ne doit pas être un sujet tabou. Elle frappe particulièrement les citoyens des quartiers populaires. Enjeu des municipales dans plusieurs villes, elle affecte durement certaines d’entre elles, comme Paris, Nantes ou Grenoble. Et le fait que le nombre d’actes violents s’accroisse en 2019 (+8 %) alors même que le chômage décroît (-3,1 %) doit nous interroger sur l’évolution de notre société.

Mais pour faire refluer la délinquance, il est mensonger de faire croire qu’il suffira de lui opposer une poigne de fer policière. La fermeté, dans l’application de la loi, est nécessaire, pas suffisante. Le recul de l’insécurité passera par une bataille beaucoup plus complexe, alliant prévention (avec, notamment, une meilleure détection des violences intrafamiliales), programmes contre l’échec scolaire, nouvelle stratégie face aux stupéfiants, lutte contre la précarité, réorganisation territoriale de la police…

Autant de chantiers indispensables, qui mériteraient autre chose que des réponses pavloviennes et des rodomontades « décomplexées ». La gauche, fort silencieuse, serait bien placée pour ouvrir un tel débat, de façon posée. Sur le sujet comme sur tant d’autres, elle a devant elle un boulevard, qui jusque-là, hélas, reste bien désert.

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