Le candidat à la présidentielle tunisienne Nabil Karoui reste en prison

Par RFI Publié le 01-10-2019 Modifié le 02-10-2019 à 16:14

En Tunisie, la cour d’appel a rejeté ce mardi la demande de remise en liberté déposée par ses avocats. Qualifié pour le second tour de la présidentielle du 13 octobre, l’homme d’affaires Nabil Karoui est poursuivi depuis 2017 pour blanchiment d’argent et évasion fiscale.

Nabil Karoui ne participera pas à la campagne pour les législatives. Ses militants, et notamment son épouse, Salwa Smaoui, continueront de défendre ses idées sur le terrain, comme ils l’ont fait depuis début septembre.

Une question reste en suspens : celle de la participation de l’homme d’affaires aux débats télévisés avec son challenger Kaïs Saeid en vue du second tour. Cette décision de la cour d’appel maintient par ailleurs l’incertitude sur le statut de Nabil Karoui en cas de victoire à la présidentielle. Et elle laisse planer un doute sur la crédibilité du scrutin.

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Au nom du principe d’équité, ces derniers jours, plusieurs voix se sont élevées. Son parti, des adversaires politiques et des observateurs internationaux appellent tous à ce que l’homme d’affaires puisse battre campagne comme les autres candidats. Même l’instance en charge des élections affiche son scepticisme : « Il est possible que l’intégrité du processus électoral soit contestée », estime Nabil Baffoun, le président de l’ISIE.

Son parti n’a cessé de répéter au vu du calendrier que son arrestation était politique, alors certes l’accélération des procédures qui a conduit à son emprisonnement pose de nombreuses questions, mais les magistrats clament haut et fort l’indépendance de la justice.

Les équipes de Nabil Karoui sont en ordre de bataille. Elles font planer la menace d’un recours contre le second tour. Son parti refuse un scrutin qui se tiendrait alors que le candidat est en prison et affirme que l’ISIE doit trouver une solution. Interrogé par le quotidien Al Arab, Nabil Karoui annonce qu’il déposera un recours pour inégalité des chances, en cas de défaite au second tour. La situation est certes inédite mais elle ne pose pas de problème particulier sur le processus électoral, a estimé l’Isie.

L’appareil judiciaire tunisien est un peu comme un tourbillon. Quand on est à l’intérieur, c’est difficile de s’en sortir.Pour le chercheur Youssef Cherif, la décision de maintenir Nabil Karoui en détention montre l’indépendance, mais aussi la sévérité, de la justice en Tunisie :02-10-2019 – Par RFI

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« Un tribunal de l’État tunisien émet souvent ce genre de décision, explique Youssef Cherif. Tout le monde parle de Nabil Karoui mais des centaines et des milliers de Tunisiens se retrouvent dans la même situation pratiquement tous les jours. L’appareil judiciaire tunisien est un peu comme un tourbillon. Lorsqu’on est à l’intérieur, difficile de s’en sortir. L’appareil judiciaire est très sévère en Tunisie, et le cas de Nabil Karoui est un cas isolé ».

« C’est très souvent des décisions assez dures, surtout pour les gens dont on n’entend pratiquement pas parler qui se retrouvent vraiment dans de très mauvaises situations pour trois fois rien, poursuit le chercheur. L’appareil judiciaire en fait a gagné beaucoup d’autonomie ces dernières années en partie grâce à l’aide internationale ou des partenaires étrangers de la Tunisie qui ont encouragé cette autonomie pour éviter les pressions politiques ».

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