“La Fille au bracelet”, plongée réaliste dans une cour d’assises pour mineurs

Imaginant le procès d’une adolescente accusée de l’assassinat de sa meilleure amie, le nouveau film de Stéphane Demoustier est on ne peut plus réaliste, parole d’avocat.

Les actrices Annie Mercier et Melissa Guers dans
Les actrices Annie Mercier et Melissa Guers dans “La Fille au bracelet” de Stéphane Demoustier

CINÉMA – Avocat véreux dans “L’Associé du diable”, roi du mensonge dans “Menteur menteur” ou enquêteur héroïque dans “The Good Wife”, on ne compte plus les films mettant en scène le monde de la justice. Pourtant bien souvent, ces représentations sont erronées, voire caricaturales. Ce qui est loin d’être le cas de “La Fille au bracelet”, au cinéma ce mercredi 12 février.

Dans ce long-métrage réalisé par Stéphane Demoustier, où joue notamment sa sœur Anaïs Demoustier, mais aussi Roschdy Zem et Chiara Mastroianni, on assiste au procès de Lise, jeune adolescente de 18 ans sous bracelet électronique depuis deux ans, accusée de l’assassinat sanglant de sa meilleure amie. Un drame judiciaire sous tension qui plonge le spectateur dans le huis clos d’une cour d’assises pour mineurs. 

Tourné dans un vrai tribunal

Si le réalisateur ne voulait pas “tomber dans une vérité documentaire”, il a tenu à ce que son film soit crédible. Stéphane Demoustier a donc passé du temps en cour d’assises, fait relire son scénario par des juges et des avocats et tourné dans l’une des salles d’audience du tribunal de Nantes. “Avec l’aval de la chancellerie, qui veille à ce que l’image de la Justice ne soit pas rendue de manière dégradante ou fallacieuse), nous avons eu l’autorisation du tribunal de Nantes, œuvre de Jean Nouvel. Le fait de tourner dans un vrai tribunal agissait nécessairement sur l’expérience du tournage, en particulier pour les acteurs”, raconte-t-il dans les notes de production.

Mais il a aussi choisi pour incarner le rôle du président du tribunal un vrai avocat, Maître Pascal-Pierre Garbarini. “Le film montre bien comment se déroule un procès d’assises, rituel très encadré où s’exprime aussi la magie de l’oralité des débats”, explique au HuffPost cet avocat pénaliste qui a un temps défendu les nationalistes corses dont Yvan Colonna, pendant le procès de l’assassinat du préfet Érignac.

Me Pascal-Pierre Barbarini, dans le rôle du président du tribunal dans
Me Pascal-Pierre Barbarini, dans le rôle du président du tribunal dans “La Fille au bracelet”

En France, les débats d’une cour d’assises pour mineurs ont lieu à huis clos ce qui signifie que seules les personnes directement concernées (témoins, victimes…) peuvent assister au procès. Les jeunes accusés âgés de 16 à 18 ans y sont interrogés devant une cour composée de trois juges professionnels, d’un procureur général ou d’un magistrat du parquet et d’un jury populaire de six citoyens tirés au sort. Et c’est dans la peau d’un de ces jurés-là que nous place le réalisateur de “La Fille au bracelet”.

“Les assises, c’est le malheur humain”

On assiste tour à tour au passage à la barre du petit frère de l’accusée, de sa mère jouée par Chiara Mastroianni et d’autres témoins. Tous sont interrogés, tous les détails y sont passés en revue et interprétés pour défendre ou accuser Lise. “Les dialogues du film sont très durs, acérés, brutaux et impudiques, mais c’est la vérité”, assure Me Garbarini. “Les assises, ça fait mal, on parle du malheur humain. Vous sortez des assises, que vous soyez avocat, accusé ou partie civile, vous êtes lessivés à l’issue de l’audience.”

Et alors qu’on assiste à cette “tragédie humaine” devant “La Fille au bracelet”, une chose nous surprend: les silences. “Je voulais faire un film qui donne à voir par la parole, mais qui impose aussi ses silences, d’autant plus notables qu’ils agissent en contraste avec le régime du procès qui fait constamment la part belle aux discours”, note Stéphane Demoustier. 

La place prépondérante du silence dans ces cours où le public n’accède jamais est bien réelle. “Quand un avocat plaide, les moments de silence font partie de la plaidoirie, de la rhétorique. Ils ont un poids très important dans la conviction que l’on veut donner à notre démonstration”, évoque l’avocat pénaliste, aussi amoureux de cinéma, qui défend désormais Benoît Magimel, François Cluzet ou Alain Delon. “Un président d’assises, lorsqu’il interroge, serait maladroit s’il voulait des réponses immédiates. Une cour d’assises c’est très inconfortable et très impudique en fait”, poursuit-il.

Loin de la traditionnelle image d’Épinal de l’avocat véreux, voyou ou héroïque, “La Fille au bracelet” de Stéphane Demoustier, en salles ce mercredi 12 février, est un vrai film de genre. Et à la sortie de la salle, les avis divergent sur la culpabilité de Lise (Mélissa Guers) et c’est là toute la réussite du long-métrage. 

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