Housseini Amion Guindo, ancien ministre, président de la Convergence pour le développement du Mali (CODEM) : «Nous condamnons tout gouvernement sans un minimum de consensus avec ceux qui sont dans la rue »

Suite au déclenchement de la désobéissance civile par le Mouvement du 5 juin-Rassemblement des forces patriotiques (M5-RFP), et la répression des forces de défense et de sécurité du Mali les 10, 11 et 12 juillet 2020, l’ancien ministre, Housseini Amion Guindo, président du parti Codem (Convergence pour le développement du Mali) a bien voulu nous accorder une interview, le 14 juillet 2020 dans laquelle il fait des propositions de sortie de crise au Mali. Selon lui, il est de la responsabilité des dirigeants, du président de la République, Ibrahim Boubacar Keïta (IBK) de faire en sorte que le bras de fer prenne fin pour que chacun puisse vaguer à ses affaires. « La solution la plus urgente, c’est de permettre la formation d’un gouvernement de consensus…Il n’y a pas possibilité d’avoir un gouvernement consensuel sans un Premier ministre consensuel…Tout acte que nous devons poser aujourd’hui doit aller au rassemblement, doit aller à l’équité et à la justice », a souligné Housseini Amion Guindo. Lisez !

Le Républicain : Que pensez-vous de la situation sociopolitique actuelle ?

Housseini Amion Guindo : C’est vraiment une situation dramatique puisque ça a engendré des morts mais c’est une situation qu’on aurait pu éviter. Ce sont des situations sur lesquelles on aurait pu anticiper. Les gens parlent de législative mais la législative n’a été que la goutte d’eau qui a fait déborder le vase. Les enseignants étaient dans la rue par milliers, d’autres sortaient pour des questions d’électricité et d’autres difficultés liées au coronavirus. L’Assemblée nationale n’a été qu’un déclencheur. Quant vous voyez ce mouvement aujourd’hui qui est né, c’est un mouvement très hétéroclite et qui cumule des frustrations diverses. Il y a des syndicats, des religieux, des politiques, des associations. Donc c’est l’expression d’un mécontentement généralisé, il faut le reconnaitre et ça n’arrange en rien les choses parce que Bamako était la zone de stabilité. C’est la zone qu’il faut à tout prix stabiliser et faire reculer tout ce que nous savons dans notre pays aujourd’hui, si Bamako s’embrase, le pays risquera de disparaitre et c’est ce que nous avons vu ces derniers jours avec les barricades et tout ce que nous avons pu vivre en ville, puisqu’une désobéissance civile a tourné à une guérilla urbaine. Je pense qu’il est de la responsabilité des dirigeants, du président de faire en sorte que le bras de fer prenne fin pour que chacun puisse vaquer à ses affaires.

Que pensez-vous de la destruction des édifices publics d’une part, et de la répression meurtrière d’autre part?

Autant nous condamnons la destruction des édifices publics, des biens privés, des atteintes à des personnes et à leurs biens, autant nous condamnons l’usage de force et nous souhaitons une enquête pour situer les responsabilités parce qu’il est important dans notre pays désormais si nous ne voulons plus retomber dans des situations de ce genre, nous relever un jour, il est important de bannir l’impunité.

Faut-il dialoguer avec tout le monde ?

Bien entendu, c’est ce que nous souhaitons. D’ailleurs c’est pourquoi quant il a été question d’envoyer les CV (Curriculum Vitae) pour former un gouvernement d’ouverture, nous CODEM, nous avons dit que nous ne participerons pas un gouvernement qui va renforcer les clivages. Nous voulons un gouvernement qui sera fait avec tout le monde. Former un gouvernement dans ces conditions avec seulement une partie de la majorité sans l’opposition serait alors préparer la confrontation. Notre pays n’a pas besoin de confrontation en ce moment. C’est pourquoi nous condamnons toute formation de gouvernement sans qu’on ait un minimum de consensus avec ceux qui sont dans la rue.

Quelle solution de sortie de crise préconisez-vous ?

Pour moi, honnêtement la solution la plus urgente, c’est de permettre la formation d’un gouvernement de consensus. Un gouvernement de consensus veut dire un premier ministre de consensus. Dès lors que le premier ministre est consensuel alors le gouvernement peut être consensuel. Il n’y a pas possibilité d’avoir un gouvernement consensuel sans un Premier ministre consensuel. Le Premier ministre n’est pas en dehors du gouvernement. Donc, ce qu’il faut faire urgemment, c’est de démettre le Premier ministre et en lien avec l’opposition tel que prôné par la CEDEAO, s’accorder sur un premier ministre consensuel, personnellement, je ne soutiens pas un premier ministre de plein pouvoir comme réclamer par le M5. Mais, je soutiens l’idée d’un premier ministre consensuel et pour ce choix il faut parler avec l’opposition et s’en accorder. Tout le monde ne peut pas être d’accord mais quand même, le gouvernement se former sur une large base consensuelle et ce qui pourrait garantir  les reformes nécessaires pour pérenniser notre démocratie et même pour réhabiliter notre pays. Deuxièmement, il s’agit de l’Assemblée nationale. Souvenez-vous, le président a dit dans tous ses discours, je ferais de tout ce qui est de mon pouvoir pour mettre fin à la crise sociopolitique. Il faut que l’on comprenne que ce qui est du pouvoir du président n’est pas la dissolution de la cour constitutionnelle parce que ce n’est pas lui seul qui a mis la cour constitutionnelle en place. Lui (Président), il est une institution, l’Assemblée est une institution, l’institution judiciaire est une institution à part. C’est ensemble que la cour constitutionnelle a été mise en place. Donc, une seule personne ne peut pas. Ce qu’il peut faire, ce n’est pas d’aller dissoudre une partie de l’Assemblée en procédant à des révisions d’arrêt au gré des pressions. Mais ce qui est de son pouvoir constitutionnel suffit à résoudre la crise, c’est quoi ? C’est démettre son Premier ministre et dissoudre l’Assemblée nationale. Parce qu’en dissolvant une partie de l’Assemblée, on crée de nouvelles frustrations, or, tout acte que nous devons poser aujourd’hui doit aller au rassemblement, doit aller à l’équité et à la justice si nous voulons réellement sortir de cela. Parce que les nouveaux frustrés que nous avons crées vont aussi rejoindre les insatisfaits du compromis pour animer un nouveau front et çà, quant on gère l’Etat on doit en tenir compte.

Propos recueillis par Aguibou Sogodogo

Source: Lerepublicainmali

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