Coronavirus aux États-Unis: au cœur de l’hôpital d’El Centro, submergé par la pandémie

Texte par : Eric de Salve

Les cas de Covid-19 continuent d’augmenter dans la plupart des États américains. Notamment en Californie qui, avec plus de 400 000 contamination et 7 800 morts, enregistre début juillet près de 8 000 nouvelles infections chaque jour. Ce lundi 20 juillet, Gavin Newsom, son gouverneur démocrate, a décrété le reconfinement général de l’économie, alors que la Californie avait lancé son déconfinement progressif. Ce reconfinement avait d’abord été décidé fin juin dans les comtés les plus durement touchés comme l’Imperial County. Dans ce comté situé le long de la frontière mexicaine, la population à plus de 85 % latino affiche le taux d’infection et de décès le plus élevé de Californie et les services de santé sont en tension permanente.

De notre envoyé spécial à El Centro,

C’est une petite ville à l’extrême sud de la Californie qui vit au rythme des sirènes de pompiers et du coronavirus. 70 % des appels d’urgence reçus chaque jour par la caserne de Chef Cedric Cesena concernent le Covid-19, totalement hors de contrôle dans ce comté posé sur la frontière mexicaine. « À un moment, on finira tous pas connaître un mort du Covid », confie Cedric Cesena.

Et la realité du Covid, les hommes du Chef Cesena la connaissent. Il y a un mois et demi, un officier de police d’El Centro de 50 ans a été contaminé en interpellant un suspect infecté. En raison de l’engorgement des services funéraires, ils ont enfilé leur tenue de protection anti-Covid pour enterrer eux-mêmes l’un de leurs amis. « C’était la chose la plus difficile de ma vie, se souvient Cedric Cesena. Mais c’était ce que je devais faire pour mon ami. Il y avait tellement de corps en attente qu’il n’y avait plus assez de personnel funéraire pour préparer le corps de ce policier. Donc on l’a fait nous-mêmes. Il y a une longue attente pour les enterrements en ce moment. »

Méthodes de l’armée

À El Centro, tous les premiers secours sont en surchauffe et doivent gérer l’exceptionnel au quotidien. Dans son hôpital, lorsque le coronavirus est arrivé il y a quatre mois, le docteur Adolphe Edward a dû trouver en urgence des lits supplémentaires. Faute de place face à l’afflux de malades, ce vétéran de l’US Air Force a fait appel aux méthodes de l’armée. C’est donc sur le parking que les nouveaux malades sont désormais admis, sous deux immenses tentes ventilées.

Sous l’une de ces tentes, Adolphe Edward prend connaissance des admissions du jour. « Les cas n’arrêtent pas de grimper et ils vont continuer de grimper, avance le médecin. On fait notre possible pour accepter plus de patients et pour avoir plus de personnel, mais je ne sais pas jusqu’à quand on va pouvoir tenir. »

Nous sommes au Centre médical régional d’EL Centro dans l’Imperial County. Cette region où tous les indicateurs du Covid sont au rouge, à commencer par le taux de contaminations et celui de mortalité, de loin les pires de toute la Californie. Coincé entre le Mexique et l’Arizona, deux zones particulièrement touchées par la pandémie, ce comté agricole est le plus pauvre de l’État. Un habitant sur quatre vit en dessous du seuil de pauvreté et 85 % sont des Latinos, une communauté surreprésentée parmi les victimes de la pandémie. Ici, le Coronavirus tue en moyenne trois fois plus que dans le reste de la Californie.

Pont aérien

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« On voit beaucoup de gens avec des comorbidités sévères, témoigne le docteur Edward. Quand ils arrivent chez nous, souvent c’est déjà trop tard. Beaucoup d’obésité, beaucoup de patients asthmatiques et dans la région, nous avons aussi beaucoup de tuberculose. C’est pour ça que nous avons un nombre de morts plus élevés ici. »

Pour comprendre l’ampleur de la crise, le docteur Edward nous fait pénétrer dans son unité Covid de soins intensifs. Pour entrer, double masque, lunettes de protection et visières obligatoires. Dans la salle, tous les lits sont occupés et 18 patients immobiles survivent sous respirateur artificiel. Les cas les plus graves sont maintenus en réanimation derrières des vitres dans des cabines stériles. Seules les infirmières comme Christa peuvent les approcher, vêtue d’une impressionnante combinaison intégrale avec casque et filtre à particule.

« C’est stressant, confie Christa. J’aimerais pourvoir dire qu’on s’y habitue mais on ne s’habitue pas. En même temps, notre présence est une bénédiction parce qu’on est les seuls à pourvoir être à leur côté. Leurs familles ne peuvent pas être ici. On est les seuls avec eux du début à la fin. Je ne pensais jamais vivre ça dans ma carrière d’infirmière. »

Cet hopital est tellement submergé par le coronavirus qu’un pont aérien a été mis en place. Plusieurs fois par jour, un hélicoptère médicalisé se pose sur le toit pour transférer les malades les plus graves vers d’autres hôpitaux. En trois mois, 500 patients ont ainsi été évacuées pour être soignés, et parfois mourir loin de leurs familles.

Source : RFI

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