Chris Fomunyoh: «Avec Biden il y aura une remodulation de la politique américaine en Afrique»

Le président élu Joe Biden s'adresse à ses partisans le samedi 7 novembre 2020 à Wilmington, Del.
Le président élu Joe Biden s’adresse à ses partisans le samedi 7 novembre 2020 à Wilmington, Del. AP Photo / Andrew Harnik

Par :Bineta Diagne9 mn

Quelle politique l’administration Biden compte-t-elle mener en Afrique? Pour le Camerounais Christopher Fomunyoh, le directeur Afrique du National Democratic Institute de Washington, on peut s’attendre à des changements significatifs. En ligne de Washington, il répond aux questions de Bineta Diagne.

Rfi : Christopher Fomunyoh, l’équipe de Joe Biden affirme vouloir appliquer du respect dans ses relations avec le continent africain. A quel changement peut-on s’attendre ?

Christopher Fomunyoh : Le monde entier s’attend à ce qu’il y ait une modification significative de la politique étrangère des États-Unis, parce que, pendant quatre ans, Trump a passé son temps à casser les alliances qui existaient entre les États-Unis et d’autres parties du monde, y compris l’Afrique. Parce qu’on a vu le mépris que Trump avait pour l’Afrique. Il n’a pas mis pied sur le continent, contrairement à ses prédécesseurs. Donc je crois qu’avec Joe Biden, il y aura une « re-modulation » de la politique américaine, vis à vis de l’Afrique, à commencer par une consolidation pour les pays africains, pour que l’Afrique soit portée dans les instances multinationales.

Dans la pure tradition démocrate, que peut-on s’imaginer concrètement ? Par exemple, que sur le plan économique on observe une continuité dans des programmes, comme l’AGOA ou Power Africa ?

Effectivement, l’AGOA avait été mis en place par Bill Clinton et tous les présidents américains, depuis lors, l’ont gardée en place. J’imagine que l’administration Biden va renforcer l’AGOA. Power Africa a été mis en place par Barack Obama, Joe Biden étant vice-président, donc cela aussi risque de rester. Je me dis que Biden fera davantage pour la consolidation des relations avec des pays démocratiques. Cela dit, il mettra beaucoup plus l’accent sur le renforcement de la démocratie et de la transparence dans la gestion des finances publiques et dans la gestion de la chose publique. J’imagine aussi que, par rapport à certains défis auxquels l’Afrique fait face, notamment l’extrémisme violent, Biden sera beaucoup plus attentif, et surtout, va travailler en étroite collaboration avec des États africains pour combattre ce fléau.

C’est précisément l’une des grandes interrogations : la question militaire. Le Pentagone avait à plusieurs reprises, en début d’année, envisagé de retirer son aide logistique, c’est en tout cas ce qu’il avait annoncé. Qu’en serait-t-il sous la présidence Biden ? Peut-on imaginer qu’il ait les coudées franches pour pouvoir revenir en arrière sur ce point-là ?

Je crois que oui. Surtout qu’heureusement, le plan envisagé au Pentagone, sous Trump, avait été stoppé net au niveau du Congrès. Je pense que maintenant, avec Biden à la tête de l’exécutif, les gens vont carrément mettre de côté ce genre de stratégie, parce que c’est une stratégie qui ne mène nulle part. Je pense que Biden aura beaucoup plus de considération pour les armées africaines qui se battent au quotidien contre ce fléau. Il fera tout pour intégrer, aussi, leurs besoins et leurs recommandations dans la façon dont les États-Unis pourraient se battre à leur côté, mais tout cela commencera par une considération (respectueuse) de l’Afrique et des pays africains.

Autre promesse qui a été formulée par l’équipe de Joe Biden : Joe Biden promet de changer radicalement la politique migratoire de son prédécesseur. Il veut, par exemple, annuler le Travel ban appliqué à certains pays, dont le Nigeria. Quel impact cette mesure pourrait-elle avoir ?

Cela aura un impact très très significatif. Parce que, n’oublions pas que pour beaucoup d’Africains et beaucoup de minorités vivant aux États-Unis, la politique migratoire de Trump avait vraiment un côté très raciste. On sentait qu’il ne voulait pas que les gens puissent avoir l’opportunité de venir aux États-Unis, (s’ils venaient) de certains continents y compris d’Afrique. Je crois que ce changement envisageable sous l’administration Biden va ouvrir des opportunités aussi aux Africains qui souhaiteraient migrer vers les États-Unis d’Amérique.

Ce volet raciste c’est vraiment ce qui a aussi mobilisé les communautés noires. Il porte l’espoir pour beaucoup d’Africains, qu’ils auront aussi leurs opportunités, comme tous les immigrés, d’ailleurs. Parce que les États-Unis sont un grand pays, mais c’est un pays fait d’immigrés, donc il va falloir que chacun puisse avoir son opportunité, sans tenir compte de sa race d’origine.

Source : RFI

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