Ce que l’on sait des conditions de la libération de Soumaïla Cissé et Sophie Pétronin

L'ex-otage française Sophie (G) à son arrivée sur le sol français entourée du président E.Macron (G) et du ministre Le Drian (D).
L’ex-otage française Sophie (G) à son arrivée sur le sol français entourée du président E.Macron (G) et du ministre Le Drian (D). GONZALO FUENTES / POOL / AFP

Texte par :David Baché

Cinq jours après la libération de Soumaïla Cissé, Sophie Pétronin et de deux otages italiens par le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans, lié à al-Qaïda au Maghreb islamique, en échange de combattants jihadistes, beaucoup de questions entourent toujours cet échange. 

On en sait un peu plus chaque jour sur les jihadistes libérés en échange des quatre otages. On connaît désormais leur nombre. Après avoir longtemps prudemment affirmé qu’ils étaient plusieurs dizaines, on sait aujourd’hui de manière certaine qu’ils étaient plus de 200. Deux cent six est le chiffre le plus fiable, même si certains acteurs s’en tiennent à 204. Il faut dire qu’ils ont été extraits de la Maison centrale d’arrêt de Bamako notamment, mais aussi de cellules de la Sécurité d’État, les services de renseignement maliens, pour qui la culture du secret est une condition de travail.

Quelques cadres et beaucoup de petites mains

On en sait aussi davantage sur l’identité des personnes libérées. Les tractations se sont éternisées sur ce sujet et beaucoup de choses ont été dites puis infirmées. On sait qu’il y avait parmi elles quelques cadres, parmi lesquels des personnes impliquées dans les attentats les plus sanglants qui ont marqué le Mali et la région : la Terrasse à Bamako, le Byblos à Sévaré, Grand Bassam en Côte d’Ivoire, Ouagadougou au Burkina… Certains des détenus libérés ont donc fait partie des assaillants ou des organisateurs de ces attaques.

Pour le reste, il s’agit en majorité de petites mains. Certains affirment même qu’il y avait des innocents. Il faut dire qu’ils sont bien peu, dans les prisons maliennes, parmi tous ceux qui sont soupçonnés d’appartenir à des groupes terroristes, à être effectivement passés devant un juge. En tout état de cause, plus de 200 personnes sont aujourd’hui libres grâce à cet échange. Et celles qui ne sont pas des figures importantes du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans lui sont désormais pour le moins redevables. Elles amplifient donc d’autant la menace terroriste, au Mali et dans les pays voisins.

Peu d’informations sur une potentielle rançon

Le GSIM est une coalition de groupes jihadistes dirigée par le touareg malien Iyad Ag Ghali, le fondateur d’Ansar Dine, et chapeautée par al-Qaïda au Maghreb islamique. Les négociations côté jihadistes n’ont pas été conduites par Iyad Ag Ghali, mais l’un de ses bras droits : Seidane Ag Hitta, tristement connu pour son implication dans l’assassinat de Ghislaine Dupont et Claude Verlon à Kidal en 2013, mais aussi, directement ou indirectement, dans d’autres dossiers d’otages au Sahel.

Concernant une potentielle rançon, on ne sait presque rien. Un classique des libérations d’otages. On arrive à y voir plus clair généralement bien plus tard. Cette rançon pourrait atteindre, selon diverses sources et observateurs, 10 à 20 millions d’euros. Difficile de confirmer ces information de façon certaine, tout comme il est très difficile de dire qui a mis la main à la poche entre la France, le Mali, l’Italie ou le Vatican… Le Qatar, un temps, a même été évoqué.

L’Élysée dit avoir joué un role secondaire

À en croire l’Elysée, le rôle de la France dans cet affaire serait avant tout secondaire. Il est certain que l’initiative et la conduite des négociations sont à mettre au crédit des autorités maliennes. Elles avaient commencé et largement avancé sous la présidence d’Ibrahim Boubacar Keïta et se sont poursuivies pour finalement aboutir après le coup d’État militaire du 18 août dernier.

Selon un article de Médiapart, ces négociations auraient même pu aboutir dès cet été si la France n’était pas intervenue pour lier le destin de Sophie Pétronin à celui de Soumaïla Cissé, pour que le second ne soit pas libéré sans la première. Ce que Paris dément. Tout comme il nie avoir payé une rançon.

Sur l’autre contrepartie, les présumés jihadistes libérés, la France a-t-elle eu un droit de regard ? C’est la force française Barkhane qui arrête la majorité des terroristes qui remplissent les geôles maliennes. Paris assure ne pas en avoir eu connaissance, ni n’avoir eu son mot à dire sur les termes de la négociation. Mais il est encore trop tôt pour prétendre répondre à toutes les questions que pose ce genre d’affaire.

Source : RFI

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