Bombardement de Bouaké: le procès reprend avec l’affaire des suspects interpellés puis relâchés au Togo

Un avion Soukhoï-25 à l'aéroport de Yamoussoukro le 14 novembre 2004. Le 6 novembre 2004, 10 personnes avaient été tuées dans l’attaque du camp militaire français de la force Licorne par deux avions Soukhoï.
Un avion Soukhoï-25 à l’aéroport de Yamoussoukro le 14 novembre 2004. Le 6 novembre 2004, 10 personnes avaient été tuées dans l’attaque du camp militaire français de la force Licorne par deux avions Soukhoï. © AFP – Pascal Guyot

Texte par :RFI

Reprise aujourd’hui du procès du bombardement de Bouaké. Le 6 novembre 2004, 10 personnes avaient été tuées dans l’attaque du camp militaire français de la force Licorne par deux avions Soukhoï pilotés par des mercenaires russes et leurs co-pilotes ivoiriens. La cour a commencé à se pencher sur une des zones d’ombres de ce dossier : l’interpellation de suspects au Togo, qui seront finalement relâchés, car la France, alertée, ne donne pas suite. Un épisode sur lequel est revenu Claude Taxis, à l’époque attaché de sécurité intérieure à l’ambassade de Lomé et chef de la délégation du SCTIP, le service de coopération international de la police.

Avec notre envoyée spéciale au palais de justice de ParisLaura Martel 

Le commissaire raconte que le 16 novembre 2004, vers 10h, François Boko, ministre togolais de l’Intérieur, l’informe de l’arrestation le matin même à la frontière Togo-Ghana de huit ressortissants biélorusses et deux Ivoiriens en provenance de Côte d’Ivoire et lui remet la photocopie de leur passeport. « Le ministre a demandé si nous étions intéressés de les récupérer, car son intuition était que ces individus étaient susceptibles d’être les auteurs de l’attaque », relate Claude Taxis. Le doute sur la qualité de « techniciens agricoles » affichée par ces hommes est d’autant plus grand, souligne Claude Taxis, qu’ils ont été « réceptionnés à la frontière par la secrétaire de Robert Montoya », un ex-gendarme de l’Élysée « qui était dans notre collimateur pour ses activités de ventes d’armes » précise le commissaire. 

Vers 11h, il envoie un fax à sa hiérarchie parisienne.  « Faute de réponse, j’ai appelé le SCTIP vers 16h et là on m’a dit de ne rien faire », souligne-t-il. Il se tourne alors vers l’attaché défense et le responsable des renseignements de l’ambassade. « Mais eux-mêmes avaient reçu consigne de ne rien faire », dit-il, tout « comme l’ambassadeur, me semble-t-il ». 

Au président qui veut savoir jusqu’où sont remontées ces informations, son supérieur de l’époque, François Castro, également entendu, indique que « compte-tenu de l’importance des faits », l’information a « bien sûr » été remontée à la direction générale de la police qui « a dû transmettre au cabinet du ministre de l’Intérieur ». François Castro qui a confirmé avoir donné l’ordre « de ne pas intervenir directement dans l’enquête », car « ce n’était pas le rôle du SCTIP » : « Le ministère de l’Intérieur n’était pas directement intéressé, cela concernait les ministères de la Défense et des Affaires étrangères », estime-t-il. 

« Malgré une remontée par différents canaux vers trois ministères, résume Maître Béthune de Moro, ce renseignement crucial n’a pas été exploité. Qu’en pensez-vous ? », demande l’avocat à Claude Taxis. Réponse sibylline du commissaire : « Je n’ai pas de jugement de valeur sur ce qui a été décidé. Mais l’affaire me semblait très mal partie dès le départ et c’est pour ça que je me suis permis de garder quelques notes, car je savais que ça pourrait remonter à la surface ». 

Source : RFI

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