Afghanistan: inquiétude à Kaboul alors que les talibans s’emparent des capitales régionales

Familles de déplacés collectant de la nourriture à Kaboul le 9 août 2021. Elles ont fui les provinces de Kunduz et de Takhar en raison des combats entre les talibans et les forces de sécurité afghanes.
Familles de déplacés collectant de la nourriture à Kaboul le 9 août 2021. Elles ont fui les provinces de Kunduz et de Takhar en raison des combats entre les talibans et les forces de sécurité afghanes. AFP – WAKIL KOHSAR

Texte par :RFI

Neuf capitales provinciales sont tombées aux mains des talibans. L’inquiétude augmente à Kaboul et dans tout le pays. De son côté, l’Union européenne va s’emparer de la question afghane. Six États membres de l’UE demandent à Bruxelles de maintenir les expulsions de migrants afghans, alors même que les combats et que les déplacements de population s’intensifient.

La population est dévastée et effrayée. Les habitants de Kaboul sont rivés à leurs téléphones, à leur poste de télévision. Ils suivent, sidérés, l’avancée fulgurante des talibans. Et ils voient dans Kaboul le résultat tragique de la prise de larges parties du territoire par les talibans, puisque des milliers de familles ont trouvé refuge dans les rues de la capitale, indique notre correspondante à KaboulSonia Ghezali.

Des femmes avec leurs enfants sont installées dans un parc du centre, près de la zone verte où se trouvent toutes les ambassades étrangères et le palais présidentiel. Des centaines de familles sont sur un terrain vague dans le nord de la capitale. Ils viennent tous du nord de l’Afghanistan, certains de l’est, ils ont fui les combats.

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Ils vivent dans une grande misère, malgré les élans de solidarité de la population à Kaboul. Mais combien de temps ce système d’entraide tiendra-t-il ? C’est difficile à dire. L’atmosphère est lourde, des journalistes afghans, des employés du gouvernement racontent recevoir des menaces par téléphone.

La population craint le pire. Chaque jour, des centaines de personnes tentent de quitter l’Afghanistan. Les ambassades croulent sous les demandes de visa. Les passeurs ont augmenté leurs tarifs, promettant d’emmener ceux qui le souhaitent en Iran, au Pakistan, en Turquie et en Europe. Certains offrent même leurs services ouvertement, sur les réseaux sociaux.  

Progression des talibans au nord et à l’ouest

Les talibans détenaient, mercredi matin, neuf des trente-quatre capitales provinciales de l’Afghanistan après en avoir conquis deux nouvelles la veille dans l’ouest et dans le nord, amenant des civils à fuir en masse devant leur rapide avancée : Farah, dans l’ouest, et Pul-e Khumri, dans le nord, sont tombées dans l’escarcelle des insurgés mardi.

Depuis vendredi, ils ont enchaîné les prises : Zaranj, dans le sud-ouest, Sheberghan, dans le nord, fief du célèbre chef de guerre Abdul Rashid Dostom, et surtout Kunduz, la grande ville du nord-est, ainsi que trois autres capitales septentrionales, Taloqan, Sar-e-Pul et Aibak. La neuvième capitale provinciale à tomber entre leurs mains en moins d’une semaine a été de la ville de Faizabad, dans l’extrême nord-est du pays.

Des milliers de déplacés dans tout le pays

Les talibans sont accusés de nombreuses atrocités dans les endroits passés sous leur coupe. Les violences ont poussé des dizaines de milliers de civils à fuir leur foyer dans tout le pays. Un habitant de Charikar, la capitale provinciale de Parwan, qui se trouve au nord de Kaboul, rapporte que 15 personnes de sa belle-famille étaient arrivées de Mazar-i-Sharif, cette ville stratégique du nord où les combats font rage.

Ce fermier les accueille dans sa petite maison, dans son village entouré de montagnes dans lesquelles les talibans ont pris position. Le fermier n’avait qu’une vache, elle a été tuée par une roquette qui a atterri dans son jardin il y a quelques jours. Il a perdu sa seule source de revenus et se retrouve avec d’autres personnes à charge alors que les combats font rage autour. 

Quelque 359 000 personnes ont été déplacées en Afghanistan à cause des combats depuis le début de l’année, selon l’Organisation internationale pour les migrations (OIM). Au moins 183 civils ont été tués et 1 181 blessés, dont des enfants, en un mois dans les villes de Lashkar Gah, Kandahar, Hérat, dans l’ouest, et Kunduz, a indiqué mardi l’ONU. Il ne s’agit là que des victimes qui avaient pu être documentées.

Les talibans ont lancé cette offensive en mai, au début du retrait final des forces américaines et étrangères, mais leur avancée s’est accélérée ces derniers jours avec la prise de plusieurs centres urbains. Le départ des forces internationales doit être achevé d’ici au 31 août, vingt ans après leur intervention dans la foulée des attentats du 11 septembre 2001 aux États-Unis. Même si les espoirs sont minces de voir les pourparlers déboucher sur un résultat concret, l’émissaire américain, Zalmay Khalilzad, devait exhorter les talibans « à cesser leur offensive militaire et à négocier un accord politique ».

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Six États membres de l’UE demandent de maintenir les expulsions de migrants afghans

Les gouvernements belge, danois, allemand, grec, néerlandais et autrichien veulent maintenir le renvoi de migrants afghans malgré l’appel du gouvernement de Kaboul à cesser, durant trois mois, d’expulser des migrants afghans, précise Béatrice Léveillédu service International de RFI.

La lettre adressée par ces six États membres à la Commission européenne lui demandant de ne pas suspendre les expulsions de migrants afghans montrent que les Européens sont sur la défensive. Il s’agit, selon eux, de se protéger contre les risques que créeraient la suspension des expulsions des demandeurs d’asile afghans déboutés, alors que les talibans gagnent rapidement du terrain dans leur pays.

« Cesser les expulsions envoie un mauvais signal susceptible d’inciter encore plus de citoyens afghans à quitter leur pays pour l’Union européenne », affirment ces États membres dans leur lettre commune. Depuis 2015, 570 000 Afghans ont demandé l’asile au sein de l’Union européenne. Ils demandent à la Commission d’étudier la possibilité de fournir à ces réfugiés un meilleur soutien, en renforçant sa coopération avec l’Afghanistan, le Pakistan et l’Iran.

La question devrait être débattue lors d’une réunion de crise des ministres des Affaires intérieures de l’Union qui aura lieu le 18 août. Cette réunion était prévue à l’origine pour évoquer la situation en Lituanie, un pays débordé par l’afflux de migrants irakiens qui arrivent en passant par la Biélorussie.

Source : RFI

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