À la Une: un 14-Juillet placé sous le signe de l’hommage aux soignants

« Aux soignants, la nation reconnaissante », s’exclame Libération. Le journal se souvient qu’en 2015, l’année des attentats, « on applaudissait alors gendarmes et policiers, honorant la mémoire des victimes du terrorisme. En 2020, les morts sont ceux du Covid, et les héros du quotidien, médecins, infirmiers, aide-soignants ou brancardiers ». « Mais pas de blouse blanche à la Concorde. Le défilé reste chose militaire, les civils y assisteront depuis la tribune officielle. »

Libération qui a choisi de donner la parole aux familles de trois médecins généralistes morts du coronavirus, des familles en colère : « Ces proches interpellent l’État », explique le journal. Ils rappellent que « les médecins libéraux ont fait face à l’épidémie dépourvus de masques ». Parmi ces familles, Hakima Djemoui, dont le mari, Ali, est mort du Covid le 2 avril dernier. Elle regarde sa blouse blanche qui « gît sur la même chaise depuis trois mois », « relique d’un autre temps où la vie avait encore du sens, ses quatre enfants, leur père et les patients, un médecin de quartier…» Hakima Djemoui était son « bras droit au cabinet », « on pratiquait les mêmes gestes barrières », dit-elle, « on portait nos masques le même nombre d’heures à cause de la pénurie. J’ai culpabilisé d’être en vie ». Hakima Djemoui a porté plainte contre X, notamment pour homicide involontaire.

Les soignants et le 14-Juillet, également en une du Figaro

« 14 Juillet, l’hommage de la nation aux soignants », titre Le Figaro. Mais en pages intérieures, le journal se met surtout au diapason de l’armée  et s’intéresse à l’A400M, l’avion qui a permis le transport de 16 malades atteints du coronavirus depuis la région Grand Est en quatre rotations. Le Figaro, qui a rencontré le colonel Gilles, « maillon essentiel de la chaîne médicale », nous dit-on. Il participe aujourd’hui « place de la Concorde à la cérémonie militaire du 14 Juillet, qui rend hommage aux personnels du service de santé des armées qui se sont investis durant la crise sanitaire ». « J’avais déjà défilé en sortie d’école comme n’importe quel élève », raconte-t-il, « mais là ce n’est pas pareil, nous allons nous retrouver, ça va faire du bien ».

Une note quelque peu discordante, toutefois : l’interview du docteur Thomas Gille, pneumologue à l’hôpital Avicennes, à Bobigny, toujours dans le Figaro. « On est rincés, complètement rincés, raconte-t-il. Tout le monde tire la langue et attend les vacances. » L’hommage aux soignants en ce 14-Juillet ? « C’est de la poudre aux yeux (…) Une jolie opération de communication que s’offre le gouvernement. Mais moi je n’ai pas envie de défiler, je n’ai pas envie d’un hommage télévisuelJe n’ai pas envie d’une médaille. Je n’ai pas envie qu’on me traite de héros et qu’on me fasse de beaux discours sur la santé qui n’a pas de prix. J’ai envie que l’état de l’hôpital public s’améliore, qu’on puisse accueillir les patients dans des conditions dignes. Qu’on embauche des infirmières et qu’on leur donne envie de faire carrière à l’hôpital public. »

Un 14-Juillet que Mediapart célèbre à sa manière, avec une enquête sur les victimes collatérales de l’armée française au Mali

Le site d’information a rencontré Idrissa Maïga, un cultivateur de 53 ans, qui a tout perdu le 11 janvier 2013, sa femme, ses trois enfants, sa parcelle lors d’un bombardement mené selon lui par un « hélicoptère français », ce 11 janvier 2013, « le jour où la  France est entrée en guerre au Mali, à la demande des autorités maliennes, afin de stopper l’avancée des troupes djihadistes », rappelle Mediapart, qui précise : « La France n’a jamais reconnu publiquement être responsable du bombardement de la maison des Maïga, mais plusieurs commandants de l’armée malienne ont déclaré que le raid avait été mené avec l’appui d’hélicoptère français. »

Mais pour l’heure, « ni l’État français, ni l’État malien, n’ont versé un centime aux Maïga. En sept ans, Idrissa et ses frères ont pourtant toqué à toutes les portes possibles »… « Ils racontent aujourd’hui leurs années d’errance administrative d’une voix lasse ». Selon Mediapart, « plusieurs victimes présumées ont renoncé à demander de l’aide, épuisées et parfois ruinées par des années de procédure qui ne les ont menées à rien ».

Le portrait que Libération consacre à Ibrahim Abdulkader Traoré

Ce jeune Ivoirien « légende du bitume parisien, représente les livreurs Frichti, qui se battent pour obtenir des papiers », nous dit Libération. Sur son vélo « il est le livreur le plus connu de Paris », le plus rapide : « 983 commandes honorées en un seul mois, et 1574 kilomètres parcourus » ! Et lorsque « Frichti décide de bannir tous les travailleurs illégaux de son application », c’est lui que ses collègues choisissent pour « porter leurs revendications ». « Mais dans son monde, pour gagner entre 1 500 et 2 000 euros mensuels, les mots burn-out ou souffrance au travail n’existent pas », raconte Libération. « Pendant le confinement, du temps de l’émotion, on a glorifié les travailleurs qui continuaient à faire tourner le pays… Mais au déconfinement, lorsque les médailles et les récompenses ont été distribuées solennellement, le trentenaire remarque que les livreurs ont été oubliés. » « On a travaillé dur et on nous a privés de notre travail » regrette Ibrahim Abdulkader Traoré, qui espère faire venir sa famille en France… « Je veux serrer ma fille dans mes bras, comme avant », a-t-il confié à Libération.

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