À la Une: scènes de chaos hier au Sénégal

Les affrontements entre manifestants et policiers ont été violents à Dakar.
Les affrontements entre manifestants et policiers ont été violents à Dakar. © John Wessels/AFP

Par :Frédéric Couteau

Chaos : le terme revient ce matin en première page de la presse sénégalaise. Le quotidien 24 Heures parle même de « guérilla urbaine qui a fait trembler Dakar. »

Rappel des faits : alors qu’il se rendait hier matin au bureau du juge pour y être entendu sur les accusations de viol dont il fait l’objet, l’opposant Ousmane Sonko, entouré de ses partisans, a été bloqué puis arrêté par les forces de l’ordre pour troubles à l’ordre public et manifestation non-autorisée.

Du coup, relève WalfQuotidien, « cette arrestation a été l’étincelle qui a déclenché le feu. Durant toute la journée d’hier, des affrontements et des scènes de guérillas se sont produits sur toute l’étendue du territoire national : Dakar, Saint-Louis, Ziguinchor, Kédougou… À Dakar, malgré l’impressionnant dispositif sécuritaire déployé, les Sonko boys ont donné du fil à retordre aux gendarmes et policiers. Une ambiance électrique a régné aux alentours de la Section de recherches de la gendarmerie de Colobane où un cordon de sécurité a été érigé. » C’est là en effet à Colobane que l’opposant a été emmené et incarcéré.

D’après le quotidien Enquête, « Ousmane Sonko est détenu dans de bonnes conditions. Sa garde à vue se passerait “dans une salle climatisée, avec téléviseur et canapé”. Toutefois, lors de ses premières auditions, le leader du Pastef a refusé de parler. Nos sources révèlent, poursuit Enquête, qu’il partage cette cellule avec son garde du corps, le lutteur surnommé “Limousine”, arrêté en même temps que lui. Les deux hommes n’avaient pas encore accepté de répondre aux questions des enquêteurs. »

Malaise…

Pour le quotidien 24 Heures, « le conflit s’aggrave entre l’opposition, la société civile et le président Macky Sall. L’arrestation du député Ousmane Sonko a suscité un malaise profond. (…) Les autorités, déjà dans le collimateur des organisations de la société civile et des droits de l’homme, semblent se tirer une balle dans le pied avec cette arrestation du député Ousmane Sonko. »

Qui plus est, la presse a été mise à l’écart et même attaquée, s’indigne encore 24 Heures : « Des grenades ont été tirées vers les journalistes, blessant un cameraman. Birahime Seck, le coordinateur du Forum Civil, qui a constaté que la presse était en train d’être éloignée du théâtre des opérations, à plus de 500 mètres, s’est indigné. “Cette mise à l’écart est une catastrophe démocratique”, a-t-il laissé entendre avant de préciser : “c’est une grosse entrave au droit à l’information”. »

Dérives autocratiques ?

En tout cas, attention : le président Macky Sall ne doit pas faire le vide autour de lui… C’est l’avertissement lancé par Le Pays au Burkina Faso. « Il revient au pouvoir sénégalais de ne pas donner l’impression de s’acharner sur un opposant que d’aucuns présentent comme un adversaire de taille pour Macky Sall, que l’on soupçonne à tort ou à raison de vouloir briguer un troisième mandat. Les cas de Karim Wade et Khalifa Sall, condamnés pour des malversations financières et donc empêchés de se présenter à la dernière présidentielle, sont encore frais dans les mémoires. Il ne faudrait donc pas que le président sénégalais s’illustre négativement à travers l’embastillement de ses opposants, pointe Le Pays, histoire de faire le vide autour de lui. Pour un pays comme le Sénégal, qui a une longue tradition démocratique, pareilles dérives autocratiques sont pour le moins intolérables. Cela dit, relève encore le quotidien ouagalais, la balle est désormais dans le camp de la Justice. C’est à elle de travailler, en toute impartialité, de sorte que jaillisse la lumière dans cette affaire de viol qui prend les allures d’une affaire d’État. »

Et maintenant ?

Alors « que va-t-il maintenant arriver à Sonko ? », s’interroge Aujourd’hui, toujours à Ouagadougou. « Ses avocats auront-ils de la ressource pour le faire sortir de cet imbroglio ? Et ses partisans dans tout ça ? Le Sénégal risque-t-il d’ouvrir une page d’instabilité ? Comment Sonko compte-t-il se dépêtrer de ce guêpier ? Que de questions. La justice est procédurière, longue et souvent tatillonne. La présidentielle de 2024, c’est dans 3 ans, mais à condition que l’opposant ne connaisse pas l’infamie de la condamnation ferme et celle surtout de l’inéligibilité. »

Source : RFI

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